(de) Trajet d’une voix


Parfois la distance se réduit

à si peu

à presque rien

entre la réalité

et le miroir.

La métaphore est épuisée.

On a lissé la mer


Béatrice Giraud

Sejkko

A nouveau le ciel



au sortir

de l’orage

le ciel s’ouvre plus haut

plus vaste


la lumière touche les arbres


quelques oiseaux

incertains

osent à nouveau le ciel

je les suis du regard


où peuvent-ils donc aller

Caroline Dufour

(de) Ciel sans prise

.

Je ne pouvais

plus dire

qui me veille

compte les clartés

qui épelle les

rêves et l’âme

            qui

assourdit

les offenses

            et les gris

qui encore

façonne

les surfaces.

.

Esther Tellerman

Tom Sandberg

Çà et là

un chemin

désert

dans l’à-vif du soir


des pierres ont poussé

çà et là

je marche

sans savoir vers quoi


chaque pas déplace

un peu plus le soir


je tends l’oreille –

quelque chose remue

sous l’écorce


on dirait

que la terre sait parler

Paxti Laskarai

(de) Noir tenir

.

comme si

attisée

par un souffle

soulevée

d’abord nuée légère

nébuleuse qui monte voltige s’éparpille

retombe

noir pollen

indécis

ondulé de frissons


                                    (j’imagine n’ayant vu)

.

Danièle Faugeras

Marcello Cammi

Au soir



des lumières lointaines

et l’écho d’une foule

en fête


par la fenêtre

j’en vois quelques-uns

en bas qui se dépêchent


le ciel s’est ouvert

la rue est en fête


je pourrais

moi aussi descendre

me mêler aux voix


une chanson me vient


« la mort est bleue

les femmes s’enfuient

avec la lune »


je ne le fais pas

Will Hooper

(de) * Extraits du corps – Bernard Noêl

Mots

.

« Je te perdrai comme on perd un clair

jour de fête : — je le disais à l’ombre

que tu étais dans le vide de la pièce — attentive

ma mémoire te chercha en ces années

florissantes un nom, une apparence : pourtant,

tu te dissiperas, et ce sera toujours l’oubli

de nous dans le monde. »

Tu regardais le jour

évanoui dans le crépuscule, je parlais

de la paix infinie que le soir

étend sur les fleuves à la campagne.

.

Alphonso Gatto

Lauren Baker

Penser et ne pas penser



continuer

le rêve

jusqu’aux lueurs


en sortir

avec un peu de nuit

sur soi


entre ce qui doit

et ce qui dort encore


comme si

le jour ne pouvait là

nous reprendre

.

Charlie Bobo

(de) Le miroir des solitudes

.

Car, à cet instant, tu le pressens,

La réalité n’est pas achevée,

Pas encore construite, et demande à l’être comme l’est

Un fruit ouvert, dont on peut goûter la saveur, connaître

Le plaisir ; au fond, tout n’attend de toi

Qu’une seule chose : que tu lui livres en toi

Ce passage charnel

Vers sa plus intime légèreté, son être musical ;

.

Christian Monginot

Franck Creber