Muse / 1



quelqu’un

peut-être toi

ramasse la flèche

et la porte à ses lèvres

elle y trouve

un gout de chaleur

humaine

un visage

dont elle veut

apprendre le nom

Jack Davidson

Éveil

un souffle

du jour à la poitrine


qui traverse

à son gré

le corps endormi


jusqu’à l’instant

où la lumière

blanchie


vient rompre

le silence

Bernard Drouillet

La rumeur du soir


une fois encore

j’égrène

l’histoire inachevée


nous sommes

l’un dans l’autre

retournés –

de corps et de regard

en silence


à la lueur d’une lampe

je cherche alors

un geste –

une main même hésitante


la lumière ne rend rien

le temps est effacé

Caroline Dufour

Une mer



une mer

sourde

plus lente

avec

un long trait d’écume

sans cesse

qui revient sur

le rivage


l’air est doux

le silence observe


mon corps

retourné

prendre vaguement

les formes du poème

Valentina Luraghi

Amarna



: qu’adviendra-t-il de l’espace

qui m’appartient quand

je n’y serai plus ?

dans l’ombre.

sur le dos.

je me souviens.

je veux oublier.

je ne suis pas plus vieille

que je ne le fus jamais : détail de mon visage

dans le miroir gravé par mes ongles :

écouter dans l’ombre.

avec quelle peine

mon cœur bat.


Mila Haugová

Emmanuelle Becker

Le jardin



ton regard

se tourne vers un carré

d’herbes hautes


quelque chose

le traverse  

mais rien n’y prend voix


et j’ai beau

à mon tour scruter

le silence


quelque chose

s’en va

dans la clarté du soir

sans que l’on sache

quoi

Michel Dheurle

Ivresse



une ombre

comme un voile tremblant

effleure

la peau des murs


les voix –

plutôt une rumeur tiède

s’enroulent

dans le halo bleu


puis

l’accoudoir chavire

sous ma tête

et je tombe à l’envers

du jour

Marchi

(de) Un voyage sans nom



J’ai marché avec les navires

me suis tenue près des ponts

on m’a jetée à la rue

avec les feuilles tombées des ormes.

J’ai possédé un automne

un nuage de lumière

près d’une sombre cheminée

et un nom étrange

que personne n’a pu deviner.


Leah Goldberg

Newsha Tavakolian

A voix basse



à voix basse

j’écris

des mots sur un papier


ma main est lente


elle hésite


la blancheur du papier


pas même

à savoir où

poser le mot qui viendra

Fernand Desmoulin

Sans titre


Je t’avais

dit

que nous creuserions

le ciel

ensemble

nous regarderons      nous

endormirons  sur

les 3 grèves    il y a

longtemps      nous avions

vécu dans les musiques

des cités très loin

tendions les cordes

te voilà

j’ai attendu

que l’on ouvre

la grille.

Peut-être nos

bouches à ronces

n’avaient pas encore

bu.


Esther Tellermann

JK Lavin