quelqu’un
peut-être toi
ramasse la flèche
et la porte à ses lèvres
elle y trouve
un gout de chaleur
humaine
un visage
dont elle veut
apprendre le nom

Jack Davidson
un souffle
du jour à la poitrine
qui traverse
à son gré
le corps endormi
jusqu’à l’instant
où la lumière
blanchie
vient rompre
le silence

Bernard Drouillet
une fois encore
j’égrène
l’histoire inachevée
nous sommes
l’un dans l’autre
retournés –
de corps et de regard
en silence
à la lueur d’une lampe
je cherche alors
un geste –
une main même hésitante
la lumière ne rend rien
le temps est effacé

une mer
sourde
plus lente
avec
un long trait d’écume
sans cesse
qui revient sur
le rivage
l’air est doux
le silence observe
mon corps
retourné
prendre vaguement
les formes du poème

Valentina Luraghi
: qu’adviendra-t-il de l’espace
qui m’appartient quand
je n’y serai plus ?
dans l’ombre.
sur le dos.
je me souviens.
je veux oublier.
je ne suis pas plus vieille
que je ne le fus jamais : détail de mon visage
dans le miroir gravé par mes ongles :
écouter dans l’ombre.
avec quelle peine
mon cœur bat.
Mila Haugová
Emmanuelle Becker
ton regard
se tourne vers un carré
d’herbes hautes
quelque chose
le traverse
mais rien n’y prend voix
et j’ai beau
à mon tour scruter
le silence
quelque chose
s’en va
dans la clarté du soir
sans que l’on sache
quoi

Michel Dheurle
une ombre
comme un voile tremblant
effleure
la peau des murs
les voix –
plutôt une rumeur tiède
s’enroulent
dans le halo bleu
puis
l’accoudoir chavire
sous ma tête
et je tombe à l’envers
du jour

Marchi
J’ai marché avec les navires
me suis tenue près des ponts
on m’a jetée à la rue
avec les feuilles tombées des ormes.
J’ai possédé un automne
un nuage de lumière
près d’une sombre cheminée
et un nom étrange
que personne n’a pu deviner.
Leah Goldberg
Newsha Tavakolian
à voix basse
j’écris
des mots sur un papier
ma main est lente
elle hésite
la blancheur du papier
pas même
à savoir où
poser le mot qui viendra

Fernand Desmoulin
Je t’avais
dit
que nous creuserions
le ciel
ensemble
nous regarderons nous
endormirons sur
les 3 grèves il y a
longtemps nous avions
vécu dans les musiques
des cités très loin
tendions les cordes
te voilà
j’ai attendu
que l’on ouvre
la grille.
Peut-être nos
bouches à ronces
n’avaient pas encore
bu.
Esther Tellermann
JK Lavin