Alors que tout s’effondre – 5/5



le silence

énoncé

plus rien ne presse

je ne poursuis

ni la fuite

ni l’élan brisé

de l’ancienne promesse

et l’ombre

presque tendre

qui collait à mon pas

de s’éloigner

comme l’eau mince

entre les pierres

SMITH

(de) Les bonbons pleurent


Avant je te disais

Je n’aime pas la perfection

mais j’aime l’absolu

J’ai vieilli et tout est devenu

flou

comme les nuits d’hiver quand on

n’ose plus s’éloigner de la lampe

de la chaise

de peur de passer le brouillard entre

les vivants et les morts


Sandra Lillo

Dolores Marat

Alors que tout s’effondre – 3/5


exfoliation

de jours inutiles

dans l’espace blanc

silencieux

du trop revenir

au presque rien

n’avoir foi

qu’en l’étoile –

la lumière

veilleuse du doute

seule

la bouche hésite

devant cela

Cristina Iglesias


(de) Les colibris à reculons


Berge du lac de l’Ouest

rouges et bleus

tabourets d’enfants en plastique

thé aux pétales de lotus

son or entre les dents noires

des femmes aux yeux cataractés

à la noix d’arec le café

les grains de sucre raclent

le gosier des hommes silencieux.


Sabine Huynh

Bertrand Delay

Disjoindre



ce corps

tenu au silence

veut repartir

je l’ai senti

l’autre soir

dans l’éclat d’un geste

mal posé

rien d’autre

j’étais seul

à nu

sur la pointe des os

tout était là

le vide

l’effort d’y tenir

et cette lumière ouverte

dans les yeux

comme le cri d’un tissu

qu’on déchire

trente Park

Si rien ne reste


une ombre

furtive

glisse au long du mur

je tends une main

sans l’atteindre

son souffle

léger

effleure encore mes lèvres

pourtant

dans ce vide

que rien ne comble

une paix s’avance

sèche et nue –

le doux vertige

de ne plus avoir à nommer

l’attente

Dolorès Marat

Poème de l’avant


je te vois

face à l’eau

le dos droit

comme un refus

tu ne dis rien

et j’aime tant

ce rien-là

les arbres passent

lentement

sur le chemin

la pluie

n’a plus besoin

d’excuses

dans chaque silence

je cherche le mot

que tu retiens

Caroline Dufour