Les monstres ne chôment pas

.

sur le sol glacé

de petites bêtes –

crocodiles

à peine formés

rampent en silence

je replie mes jambes

contre mon sein

j’ignore

si elles procèdent  

d’une faille profonde

ou d’un songe

dérangé

Pierre Alex

Vers tristes à Zi’an au bord de la rivière

.

Des myriades de feuilles d’érable

Sur des myriades de feuilles d’érable

Découpées devant le pont,

Quelques voiles rentrent tard dans le crépuscule

.

Combien me manques-tu ?

.

Mes pensées s’écoulent

Avec les eaux du fleuve de l’Ouest,

Elles courent vers l’Est, sans cesse

Jour et nuit.

.

Yu Xuanji (844-871)

Li Shuang

(de) Cheveux emmêlés

.

« Ainsi le poème

Il faut que je vacille ! »

Me dit cet ami

A qui je montre la tristesse

Dans la fleur d’un sourire ».

.

Yosano Akiko

Zao Wou-Ki

(de) Au risque de l’inconnu

.

Au risque d’écrire à un(e) presque inconnu(e)

une lettre d’amour à partir d’un presque rien

qui vous a traversé

dans une fulgurance inconnue

de vous jusqu’alors.


Anne Dufourmantelle

Une vie sans fin


suis les bêtes

qui traversent

le rêve du matin

avec elles

les prés d’or

la lenteur des nuages

la lumière douce

les ombres

portées

aussi

la petite flaque

de têtards –

noire pulsation

au cœur du paysage

et le sentier caillouteux

où jadis

un gros bâton te prenait

la main

Albert Louden

Le pain dur


si longtemps

que la main bouge

la somme reste

la même

le corps est dans la tête

il y souffle le feu

et dans le débord

de mots qui mangent

la bouche

le commis du dedans

parle à son insu

on l’entend

Jean-Christophe Béchet

La grande bellezza


des traits

remontent le soir

en surface

un souffle

un mot à demi

parfois les rendent

à la vie

d’autres fois

ce sont

des corps entiers

qui reviennent

jusqu’ici

rêver à pas lents

James Reddinton

(de) Oberland

.

J’ai tout dit à la montagne. Notamment que je n’arrivais plus à vivre. Elle m’a répondu négligemment en soufflant sur mon feu que ce n’était pas grave, que vivre n’était qu’une idée, que la nuit  venait tous les jours, qu’il fallait s’allumer une cigarette, laisser bruler lentement, le mauvais bois, le mauvais sang. Le temps ici change vite.

José Gsell

Joseph Mallord William Turner