Cendres (9/9)



une larme

grandit

sur ma joue

tu vois

je n’ai jamais su

bien dire

je regarde

de loin

les choses s’effondrer

espace invisible

vie à demi

bientôt retirée

j’habite

un rêve étrange

où tout peut

toujours

recommencer

Robert Adams

Cendres / 10


qu’allions-nous

faire là-bas / et à quoi songeais-tu

assis sur ce siège arrière /

 à la nuit

au temps qui reste / à l’océan

à l’inachevé / aux monstres de laideur

à nos petites lâchetés




mort

l’es-tu vraiment

et quand bien même

pour combien de temps

?

Hugo Pratt

Cendre (8/9)


dans la partie

blanche

de ce que je célèbre –


l’un sous terre

et l’autre tombant*


quelque chose

revient au réel

et je me laisse

enfin dire

non ce qui fut

ni ce qui aurait du

être

mais ce qui longtemps

manqua

Rehaf Al Batniji

  • Bernard Noël

(de) Renverse du souffle



(JE TE CONNAIS, tu es très courbée

Et moi, le transpercé, te suis assujetti.

Où flambe un mot qui témoignerait pour nous deux ?

Toi – tout à fait réelle. Moi – tout entier folie)


Paul Celan

Bertrand Delais

Cendres (6/9)



nulle parole

contre le sommeil

seulement

le rythme des phares

et par instants

des ombres solitaires

voyage au bout

du rêve

je te conduis

dans cette nuit

ouverte

sans même savoir

si la vie dort

ou si elle rêve

Jean Pierre Cobra

Cendres (4/9)


sur le chemin

de la noyeraie

j’implore

quelque chose

pour te retenir

ta voix s’efface déjà

bientôt

ce sera le visage

il y aura

un dernier regard

et juste après

la nuit tombera

Caroline Dufour

Cendres (3/9)


à l’instant

où ton regard se voile

nos voix recouvrent

les formes du silence

je scrute

le blanc de la chambre

autour de toi

sur le lit assis

deux anges sourient

l’un deux me tend

ce vers –


Chemins, à demi – les plus longs*

Nek Chand


* Paul Célan

Cendres (2/9)


dans la béance –

lieu saturé

de cris

et de couleurs

vivent

au bord de l’effacement

les monstres de laideur

qu’enfants

nous dessinions

ils attendent

muets

l’heure qui renonce

sucent – dis-tu

la blancheur du temps

passé

Jean-Pierre Cobra