Axiome



assis au pied

de son propre

orgueil

le poème cherche

une langue

pour nommer

la nuit

se referme

sur moi

les mots qui viennent

s’affaissent

avant d’atteindre

le papier 

. Florent van Roeckel

Jacques Dupin

 

Si l’on prend le langage en tant que tel, entité autonome, corps vivant, et qu’on le dégage de sa fonction utilitaire, outil de communication et d’échange entre les hommes pour le fonctionnement de la société, la langue est nue, mise à nu dans la lumière, et sa nudité est pure violence. Les mots cessent d’être de la menue monnaie qui circule, valeur d’usage et valeur d’échange. Les mots sont les étoiles scintillantes d’une constellation à l’état naissant. Ou les gouttes d’eau d’un torrent rapide. Ou les grains de sable d’une grève insoupçonnée (…) –  Jacques Dupin

 

Portrait de Jacques Dupin – Francis Bacon

 

 

Le rocher aux aigles

 

Derrière le verre

du terrarium

des reptiles

étrangement inertes.

 

Une femme accroche son linge

dans le silence

la mort est à l’abri du vent.

 

Mon âme glisse

dans les profondeurs su sol

aussi paisible qu’une comté

 

Thomas Transtromer

  Damien Maloney

André Velter

 

«  Avant de savoir si j’apprécie ou pas le texte que j’ai sous les yeux, j’aime à ce qu’il ne ressemble à rien de connu. Dès qu’un référent se superpose ou reste en filigrane, la lecture perd beaucoup de son intérêt pour moi. On peut bien sûr déceler dans un poème des résonances, des résurgences, des influences, mais ce qui est vraiment décisif, ce sont les sonorités inédites, les alliages de sons et de sens qui n’avaient pas encore été tentés, risqués, expérimentés. »

André Velter

Aylan 



d’autres

viendront

à leur tour s’échouer

sur cette plage

on les trouvera

étendus sur le sable

sans nom

sans bagage

on les pleurera

un peu

puis les corps

doucement

repartiront

au large

Maryam Alakbarli

Pierre Reverdy

.

 » Il n’y a pas de mots plus poétiques que d’autres. Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore – pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots quand ils atteignent l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tritesse ou la joie.

.

Pierre Reverdy in « Cette émotion appelée poésie » (1950)

 

 

 

 

Simone Weil

« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »

Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »

Jean Todrani

Je dois maintenant

désormais je dois

serrer mes lignes

que nul n’en sorte.

Ne plus refuser

le nom et la voix

ne pas recouvrir

la pierre reverdie.

Loi des heures

passant noircies,

la parole amputée

la loi du silence.

Et  la peur d’arracher

un mot au marbre

un soupir à l’ombre

un cheveu au sommeil.

Jean Todrani

Image Anna Maria Maiolino

Vu d’en haut

.

un pavement

polychrome

avec de longs fils de soie

sur lesquels fièrement

montent de petites chiures

mordorées

le vermeille des toits

des flaques de terre sombre

et à l’écart

un petit carré

qui se réchauffe au soleil –

sans doute

le cimetière

terrain-vague

Image Moebius (alias Jean Giraud)