Thomas Stearns eliot

 

Me voici donc à mi-chemin, ayant eu vingt années

– en gros vingt années gaspillées, les années de l’entre-deux guerres –

Pour essayer d’apprendre à me servir des mots et chaque essai

Est un départ entièrement neuf, une différente espèce d’échec

Parce que l’on apprend à maitriser les mots

Que pour les choses que l’on a plus à dire, ou la manière

Dont on a plus envie de dire. Et c’est pourquoi chaque tentative

Est un nouveau commencement, un raid dans l’inarticulé

Avec un équipement miteux  qui sans cesse se détériore

Parmi le fouillis général de l’impression du sentir,

Les escouades indisciplinées de l’émotion. (…)

 

Thomas Stearns Eliot – extrait de Quatre quatuors

Épreuve du visage

Qui

Se tient

Derrière le pelage du monde ?

Quel visage au front nu

Se détourne des rôles

Ses yeux inversant les images

Sa bouche éconduisant les rumeurs ?

Quel visage

Veillant par-delà sa vue

Nous restitue

Visage ?

Quel visage

Surgi du fond des nôtres

Ancré dans l’argile

S’offre à l’horizon ?

 

Andrée Chedid

ImageJean Dubuffet – Vicissitudes

La voix

 

Voix toute amenuisée

qui ne se résigne pas au silence

elle n’ébrèche pas les zones

où pèsent les Puissances

elle ne distrait pas même

du froid, du mal de tête

si elle grince c’est pour elle :

dehors on ne l’entend pas

sans cesse elle parle

d’un monde à l’envers

qu’elle ne peut dire

qu’on ne voit pas.

 

Paul de Roux

Image  http://www.chiharu-shiota.com/en/

Jean Todrani

Je dois maintenant

désormais je dois

serrer mes lignes

que nul n’en sorte.

Ne plus refuser

le nom et la voix

ne pas recouvrir

la pierre reverdie.

Loi des heures

passant noircies,

la parole amputée

la loi du silence.

Et  la peur d’arracher

un mot au marbre

un soupir à l’ombre

un cheveu au sommeil.

Jean Todrani

Image Anna Maria Maiolino

Vu d’en haut

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un pavement

polychrome

avec de longs fils de soie

sur lesquels fièrement

montent de petites chiures

mordorées

le vermeille des toits

des flaques de terre sombre

et à l’écart

un petit carré

qui se réchauffe au soleil –

sans doute

le cimetière

terrain-vague

Image Moebius (alias Jean Giraud)

Yosano Tekkan

 

yeux fixés

sur le cou d’un chameau

qui se tient immobile

moi aussi j’attends tranquillement

l’approche de mon heure

 

Yosano Tekkan

Image Miro

 » Je suis quelqu’un de solitaire et je suis aussi quelqu’un qui n’essaie pas d’échapper à la solitude. Je plonge silencieusement dans ma solitude et je l’accepte en conversant avec elle. Je pense qu’au final nous sommes tous solitaires. On essaie de s’exprimer, on essaie de remplir sa vie avec des activités variés, des interactions sociales, de se mettre au centre de la société, mais enfin, tout cela a pour but d’échapper à la solitude… »

Yoko Ogawa

 

http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&srid=140&ida=15652

Christian Boltanski

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 » Je pense qu’il est important d’être quelque part, d’avoir simplement une histoire à soi. Ça peut être avoir un père corse et une mère auvergnate, habiter dans le XVe arrondissement. Il est  important de se connaitre, de travailler sur quelque chose qui est soi. Le rêve, c’est de parler de son village et que ce village devienne celui de tous les autres parce que c’est celui qui regarde qui fait l’oeuvre. On parle d’une chose très personnelle que l’autre s’approprie, transforme et modifie. L’avantage des images à ce niveau, c’est qu’elles sont moins précieuses que les mots : chacun peut y prendre ce qu’il veut, c’est une auberge espagnole. »

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Christian Boltanski – Les Inrockupitibles Hors série / Interviews

Imagehttp://www.grazia.fr/culture/expos/articles/boltanski-l-artiste-simple-et-mortel-793520