Pas ceux qui vécurent ici

 

mais ceux qui y moururent

et pas quand

mais comment ;

pas

les grands connus

mais les grands morts inconnus

pas

l’histoire

des nations

mais la vie des hommes.

les fables sont des rêves,

pas des mensonges,

et

la vérité change

comme

les gens,

et quand la vérité se fait stable

les gens

se font

morts

et

l’insecte

et le feu et

le flot

se font

vérité.

 

Charles Bukowski

 Reagan Bird

(de) Seconde nature

 

Tristesse aux flots de pierre.

 

Des lames poignardent des lames

Des vitres cassent des vitres

Des lampes éteignent des lampes

 

Tant de liens brisés.

 

La flèche et la blessure

L’œil et la lumière

L’ascension et la tête.

 

Invisible dans le silence.

 

Paul Eluard

Alexandra Serrano

 

 

(de) La vraie gloire est ici

 

Midi silence.

Me foudroyant

Au cœur des champs,

 

Un cri,

 

Chu de l’azur,

De ton haut vol

Qui loue et fête,

 

Alouette !

 

François Cheng

 Jean Fautrier

 

 

Sans titre

 

je ne peux voir

la vie secrète des poissons rouges dans l’eau claire du bassin

tous mes efforts pour traverser le miroir

sont restés vains

.

un cheval sur l’antique toit

est soudain retenu par la bride

je tourne au coin de la rue

sur la route du village la poussière

cache le ciel

 

Bei Dao

image-e1448366370628 Kourtney Roy

Léonard Cohen

 

 » Chaque poème qui vous touche est comme un appel qui nécessite une réponse. On veut y répondre avec sa propre histoire. Les romans avaient tendance à me rendre silencieux : vous vivez avec un roman pendant tout un moment , vous devenez vous-même le roman. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de répondre à un roman. Mais dans les poèmes, cette distillation du langage, cette espèce de rapidité et d’agilité coïncidait avec quelque chose de ma propre nature, de mon esprit.  »

.

Léonard Cohen (in « Les Inrocks, 10 ans, l’album »)

 

Le voyeur

.

curieuses

ces deux maisons

dressées l’une contre

l’autre


entre leurs murs

dans la hauteur de l’ombre

ne passent que le silence

et le froid

Catia Simoes

Santa Fé


assis

sous un pommier

le vieil homme observe

sans bouger


le vent

comme en songe

dans ses cheveux

argentés


dans le ciel

au-dessus de lui

deux soleils se croisent

sans se toucher

Mathias Valewink

(de) Basho

 

Neige sur neige

Ah cette lumière de décembre,

celle de la lune claire.

.                *

La mer sombre dans la nuit –

les cris des canards

vaguement blancs.

.                *

Jour de l’an –

En y réfléchissant

triste comme un soir d’automne.

 

Basho

Hiroshige

Jim Jarmusch

« Je suis très attaché à l’idée que nous ne parlions pas tous la même langue. Non pas pour des questions d’appartenance ou d’enracinement, mais pour la richesse qui en découle. Quand j’étais étudiant à Paris, je me souviens avoir demandé à un ami de me traduire les poèmes de Mallarmé, et la version qu’il en donnait était délirante. Les images changeaient. Il trouvait des équivalences bizarres et ça créait une langue magnifique. C’est ce que j’aime dans la poésie : elle est difficilement traduisible. »

Jim Jarmusch – Entretien avec Laurent Rigoulet –

La pierre

 

Le lieu prend le nom de la pierre

 

la pierre porte le nom de la montagne
à moitié chauve au loin

 

la pierre ne se voit pas
au-dedans de la pierre

 

sous elle
se cache une forme d’enfant
tenant bâton, oiseau, balle.

 

Je tire des histoires par la manche

 

« Maintenant je n’appartiens qu’au soleil ».

 

Moi aussi, comme toi, je

sais à présent :

 

« Il faut des ailes pour atteindre le proche »

 

Israël Eliraz

Rob Amberg