(de) Dans les branches

 

D’elle j’attends ce dessin presqu’un oiseau

une branche ce quelque chose entre le ciel

et ma main

et ce caillou qui ne m’arrête pas

est-il autre chose pour s’éloigner

que d’avoir grandi où elle aura passé

Ainsi chaque jour un travail

perché sur mon épaule

la terre en vue retournée

par la mort

un instant

de ce qui brille

les yeux fermés

 

Paupière une écriture

si fine frissonne de recueillement

dans les branches

d’un oiseau gavé de lumière

comme un fruit

 

Thierry Metz

Mandy Wu

Le grand vélo



les allées

blanches

bordées d’arbres nus


quelques ombres

au détour

surgissent de la brume


nos voix sont muettes

tes yeux

au-dessus des miens


plus loin

la Seine grise

presque éteinte

Cy Twombly

(de) Les chiens romantiques

 

Et parfois je rentrais en moi

et je rendais visite au rêve

: statue qui s’éternise

en des pensées liquides,

un ver blanc qui se tord

dans l’amour.

Un amour débridé.

Un rêve dans un autre rêve.

Et le cauchemar me disait : tu grandiras.

Tu laisseras derrière toi les images de la douleur et du labyrinthe

et tu oublieras.

Mais en ce temps-là grandir aurait été un crime.

Je suis ici, dis-je, avec les chiens romantiques

et c’est ici que je vais rester.

 

Roberto Bolano

Sohrab Hura

 

 

(de) Matière solaire

 

Effleurer un corps

l’air,

la langue de la neige.

 

Effleurer l’herbe

mortelle et verte

de cinq nuits

et la mer.

 

Un corps nu.

et les plages battues

par le soleil et le regard.

 

Eugénio de Andrade

Patrick Zachmann

 

(de) L’Émotion l’Émeute

 

Toujours la même foule de miroirs

au-dessus des terrasses

la parole parlante

sauvagement présente

la beauté seule

les livres par milliers

c’est beaucoup de choses

l’émotion l’émeute

le mauve accentué autour du tilleul

ne rien dire

dire oui.

 

Pascal Boulanger

Jean-Paul Lefret

 

La dame blanche

herbes sèches

épines

et silex taillés –

le jardin

désormais

est abandonné

aurait-il fait beau

le jour d’avant

serais-je venu ici

plus souvent

dans leurs yeux

rougis de larmes

l’enfant court

encore au milieu

des allées

Graziela Iturbe

Voyage

 

Nous finîmes par sortir

de la brume de la nuit.

A présent, personne ne reconnaissait personne.

Le sens, nous l’avions perdu en chemin.

Personne ne demanda non plus avec insistance :

Qui es-tu ?

 

Répondre, nous ne le pouvions pas.

Nous avions perdu

nos noms.

 

Loin de là, le tonnerre

venu d’un cœur qui ne cède pas

déjà à l’œuvre.

Nous écoutions sans comprendre.

Nous étions arrivés au plus lointain des lointains.

 

Tarjei Vesaas

Marco Arguello

Plus tard

 

Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j’apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n’en avaient pas, et contempler l’enfant qui dort en souriant.

Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant ? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s’éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend. Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.

 

Pierre Reverdy

Loreal Prystaj

(de) Si nous allions vers les plages

Ce soir

La nuit est bleue

 

Avec un parfum de girofle

Sous la pierre lente et chaude

 

Tu vas et viens

De ton cœur

Au jardin

 

Et le pouls des planètes

Pourrait cesser de battre

 

Sans que la peur

Ne soit nommée

Dans la douceur des choses.

 

Hélène Cadou

 Miguel Hernandez

 

La vie est ailleurs


dans

le salon tiède

où les hôtes attendent

dans des fauteuils

écaillés

le temps est arrêté

les tasses refroidissent

doucement

les voix ne quittent plus

la pièce

et si l’un d’entre eux

parfois se redresse

c’est pour voir

par la fenêtre

la mer s’éloigner

  Maria Svarbova