Trois haïkus…

 

Sans chapeau l’averse

va-t-elle me surprendre ?

diantre ! diantre !

 

Poux, puces

et mon cheval qui pisse

tel est mon chevet

 

Année après année

les singes qu’on affuble

de masques de singe

 

Bashô

Hokusai

 

Une faille

 

un feu

sinue dans la nuit

il projette

sur les murs

des visages

que le sommeil

n’atteint pas

je les regarde

sans les nommer

dehors

le vent souffle

entre les arbres

le tien prend la couleur

de l’ivoire

 Alberto Lara

Intérieur

 

Il y a longtemps que je cherche à vivre ici, dans cette chambre que je fais semblant d’aimer, la table, les objets sans soucis, la fenêtre ouvrant au bout de chaque nuit d’autres verdures, et le cœur du merle bat dans le lierre sombre, partout des lueurs achèvent l’ombre vieillie.

J’accepte moi aussi de croire qu’il fait doux, que je suis chez moi, que la journée sera bonne. Il y a juste, au pied du lit, cette araignée (à cause du jardin), je ne l’ai pas assez piétinée, on dirait qu’elle travaille encore au piège qui attend mon fragile fantôme…

 

Philippe Jaccottet

 Julien Lombardie

 

 

Dédicace



la nuit

quand les mots

s’affranchissent

le poème trouve

parfois

sa raison d’être

 Collin Avery

Apocalypse dans les feuilles

 

Un jour on s’est dit que l’aventure

était peut-être plus belle ainsi :

tout disparaîtra

– les choucas aussi et la falaise

où ils rentrent le soir avec de petits cris

et l’eau vive et les guerres

intestines où s’usent la vie

– cela c’est le vent qui l’inspire

en jouant dans les feuilles

à la fin d’un beau jour

lumineux sur la terre.

 

Paul de Roux

Sarah Bobineau

 

 

 

 

La matinale



effroi

de ces longs récits

où l’avide

inlassablement

triomphe

des saintes âmes

descendre

du bas vers le plus bas

jusqu’à ne saisir

que les dépouilles

et les voix de l’au-delà


ainsi répandue

sur le drap

je te cherche pourtant

un prénom

terrain-vague

Marijane Ceruti

de (LES CRIS VAINS)

 

Personne à qui pouvoir dire

que nous n’avons rien à dire

et que le rien que nous nous disons

continuellement

nous nous le disons

comme si nous ne nous disions rien

comme si personne ne nous disait

même pas nous

que nous n’avons rien à dire

personne

à qui pouvoir le dire

même pas à nous

 

Gherasim Luca

 

Clarté intérieure

 

La mer,

seule

au bout du ciel

 

écroulée en nous

comme  une pluie

limpide de l’été,

 

sous le clair de lune,

elle hume l’encens

et la myrrhe en nous.

 

Sonia Elvireanu

Vers les abysses



avant

l’endroit grouillait

de ces femmes-poissons

que les marins disent

sirènes

il y avait

des épaves pleines

de mauvais or

on entendait

les chants

la joie et l’ivresse

la lumière semblait

si proche

tv5

 Trent Park

(de) Contretemps

 

Mourir et puis renaître

et puis mourir encore

et ne renaître plus.

Aller d’îlot en îlot

sans se soucier du vent et de l’essence

sans se gâcher le corps

s’endormir dans les rochers ;

si j’étais femme ou herbe au moins

mais au fond

être homme n’est qu’une intermittence,

je vais me coucher avec les héros

et le temps ne me servira.

 

Franco Costantini

Fabien Fourcaud