(de) Le noir au ciel

dans l’angle où on dort, une équerre de bois ferme le ciel, on écoute la nuit descendre dans la voix la plus basse, un souffle court dans les feuilles par l’herbe plaquée, couleur de bête morte, sous le temps qui penche disparaît un pays sans bruit, les mains serrent sur le drap le froid découpé vif dans la fenêtre, où on regarde on ne rejoint plus rien, on respire mal par les trous du sommeil, la lampe n’éclaire pas dehors, à peine un faisceau de gris aux bords rongés, et l’humidité des arbres, mais à portée des yeux le fil droit des rainures de sapin, la nuit de la fenêtre, plus noire dans le noir quand on allume la petite ampoule, une bête longe la barrière


Mary-Laure Zoss

Patxi Laskarai

Jusqu’où dénouer ? (2/8)


une feuille

le vent

la feuille renvoyée

aux branches

un arbre chétif

l’air –

l’air en tant qu’il se respire

la terre d’où jaillissent

nos pas

la brume amoureuse m’enserre –

étrange sensation

je marche le cœur vide

à contre-courant

sans savoir

si la fin est derrière

ou devant

Damien Daufresne

Jusqu’où dénouer ? (1/8)


vitres claires

un oiseau –

échappée lente

dans le ciel tremblé

les branches nues

d’autres départs

en silence

comme si rien ne pesait

un couple passe

dans la lumière blanche

leurs rires

une lumière proche

ton visage – un instant

ta bouche

un mot inachevé

tout ce que novembre prend

sans rien retourner

Katya Kalyska

En corps



dans l’hiver

qui mord la falaise

ils tanguent

hilares

d’un bout à l’autre

du versant


en arrière

en avant


comme possédés


jusqu’à l’instant

où les mains cèdent

et qu’ils s’éloignent

dans le vent

Cédric Klapisch

(de) Les rideaux oranges


Marelle au bord des larmes ce matin, craquante

de larmes (beaux yeux en amande ou, au plus noir

de la nuit, vulgaire noix, noix aveugle ?) ; brise

légère. Mer lisse. Marelle qu’un enfant

berce de ses jeux transparents, de ses rires.


Nous serons emportés. Regardez les fleurs,

la rosée… Mais quel naufrage à cette hauteur

ridicule ?


Laurent Cennamo

(de) Errer mortelle


Pour seuls vivres

l’os du chemin

rongé par la lumière


pauvre est le sol

où s’use la pierre

sous les rafales du vent


citernes vides

remplies d’échos

sources taries dans l’air hautain


le chemin n’est que poudre d’os

dans la paume de la terre


José-Flore Tappy

Patxi Laskarai

Voyage d’hiver


un rivage

dans l’à-vif du soir

vers une mer

prise au hasard


les oiseaux ont disparu


il reste

quelques traits noirs

là-haut

et ce goémon d’épave

par monceaux

qu’à nos pieds l’eau rejette


Andrei Fărcășanu

L’envers


une ombre

effleure

la peau des murs

puis les voix –

plutôt une rumeur tiède

s’enroulent

dans le halo bleu

l’accoudoir

chavire sous ma tête

je tombe

à l’envers du jour

Caroline Dufour

KAWAMURA

le chat

noir et blanc

qui vient

le soir dans le jardin

je l’appelle

KAWAMURA

KAWAMURA

parle trois langues

il prépare le thé

cuisine

la viande blanche

il sait rouler

des épaules

crache mieux

qu’un officier


ceci dit

comme il vit

sans ami

le chat KAWAMURA ignore

qu’il vieillit

A Philippe Jaccottet


Ce retrait

où garder

la lumière d’hiver

et l’obscurité,

les mots très bas

rendus à la terre,

un chant qui reste

à reprendre.

La terre

Garde

arbres, chemins ;

à terre,

restent

brindilles

et lichen

où s’accroche

sur le tard

l’or peut-être

de la lumière.

Reste

une note juste

de lumière

dans un carnet

des chemins.

La nudité

ne s’oublie

pas.

Pas.


Jean Gabriel Cosculluela

Basso Cannarsa