(de) Les rideaux oranges


Marelle au bord des larmes ce matin, craquante

de larmes (beaux yeux en amande ou, au plus noir

de la nuit, vulgaire noix, noix aveugle ?) ; brise

légère. Mer lisse. Marelle qu’un enfant

berce de ses jeux transparents, de ses rires.


Nous serons emportés. Regardez les fleurs,

la rosée… Mais quel naufrage à cette hauteur

ridicule ?


Laurent Cennamo

(de) Errer mortelle


Pour seuls vivres

l’os du chemin

rongé par la lumière


pauvre est le sol

où s’use la pierre

sous les rafales du vent


citernes vides

remplies d’échos

sources taries dans l’air hautain


le chemin n’est que poudre d’os

dans la paume de la terre


José-Flore Tappy

Patxi Laskarai

Voyage d’hiver


un rivage

dans l’à-vif du soir

vers une mer

prise au hasard


les oiseaux ont disparu


il reste

quelques traits noirs

là-haut

et ce goémon d’épave

par monceaux

qu’à nos pieds l’eau rejette


Andrei Fărcășanu

L’envers


une ombre

effleure

la peau des murs

puis les voix –

plutôt une rumeur tiède

s’enroulent

dans le halo bleu

l’accoudoir

chavire sous ma tête

je tombe

à l’envers du jour

Caroline Dufour

KAWAMURA

le chat

noir et blanc

qui vient

le soir dans le jardin

je l’appelle

KAWAMURA

KAWAMURA

parle trois langues

il prépare le thé

cuisine

la viande blanche

il sait rouler

des épaules

crache mieux

qu’un officier


ceci dit

comme il vit

sans ami

le chat KAWAMURA ignore

qu’il vieillit

A Philippe Jaccottet


Ce retrait

où garder

la lumière d’hiver

et l’obscurité,

les mots très bas

rendus à la terre,

un chant qui reste

à reprendre.

La terre

Garde

arbres, chemins ;

à terre,

restent

brindilles

et lichen

où s’accroche

sur le tard

l’or peut-être

de la lumière.

Reste

une note juste

de lumière

dans un carnet

des chemins.

La nudité

ne s’oublie

pas.

Pas.


Jean Gabriel Cosculluela

Basso Cannarsa

(de) Poèmes du temps retrouvé


Une fois pour toutes

Tu as nommé

Le monde où je dois vivre

Chaque chose

Est signe

Avant d’être chair

L’arbre le blé

La vigne

Le sang des terres

M’emporte

Tu fus ma naissance

En toi

Ma mort aura lieu

J’écoute

Venir ta vie


Hélène Cadou

Ana Vallejo

(de) Poèmes d’après



La voie tracée par les oiseaux

va d’une saison à l’autre


nous traversions des jardins

à contre-courant, vers l’enfance

les eaux claires


dans le bassin

nos jeux dispersaient

le cercle des pluies


fétu de paille, je savais brûler

quand toi, chêne d’hiver

accueillais la neige sur tes branches


Mes mains sur tes yeux clos

Là est le temple.


Cécile A. Holdban

Matthias Olmeta

(de) Seule enfance


des choses si simples

une chambre, un lit

quelqu’un qui dort

ou qui ne dort pas

une respiration de mots

jamais dits

entre les murs

qui abritent ailleurs

maintenant


Heather Dohollau

Gregory Crewdson


Sans titre



maintenant

les terrains vagues

et les oiseaux

te coulent sur la peau


si nombreux

si lourds


tu trébuches au coin

des prés


il y a bien trop de ciel

dans ton visage


trop peu de route

pour soulever la nuit


seul tu chancelles

et tout ce que tu voudrais dire

alors

n’est qu’un étourdissant

bruit d’aile


Germain Tramier

Fatma Haddad (Baya)