L’arrière-cour

les oiseaux

tournent

au-dessus de l’arrière-cour

de la maison à deux


chaque soir

ils reviennent au même endroit

sans jamais y descendre


on entend

leurs cris

passer d’un toit à l’autre

mais personne ne regarde

en l’air

Andrei Fărcășanu

Les deux empires


Je ferme à demi les yeux

je tends une main

et je divise

d’un coté

il y a l’empire

de la fenêtre

de l’autre

l’empire

de la porte

de même le pape

après la découverte

de l’Amérique

a partagé le continent

entre Espagnols

et Portugais

mais je ne suis pas

le pape

je suis

qu’un pauvre type qui est seul

et regarde.


Alberto Moravia

Jean Munoz

La main

au cœur du rocher

courent les lignes du monde


je les effleure

sans savoir

laquelle mène à toi


ma main cherche

encore sur la pierre


je ne vois jamais

ce qui vient avant le jour

Alain Laboile

Un lieu d’abandon



quelque chose

tient

dans le sillon

de l’œil


peut-être

une larme retenue

un souffle d’ombre


la peur

que les lueurs

se perdent au bord

de la paupière

Jean Fautrier

(de) Traverso


il pleut

la mer se retire du paysage

dans une barque retournée

la poésie vaut-elle la peine ?

comme si la mer se retirait

comme c’est pompeux comme c’est loin

d’un chagrin singulier

on rentre les épaules

on rentre les mots

il pleut


Véronique Wautier

Hélène Bamberger

Le tesson tiède 3/3



je me dis

dans un souffle

à peine –

je n’efface rien

je demeure

en moi


comme un lieu

où la lumière

change de place

sans jamais

révéler

d’où elle vient

Caroline Dufour

On voit le jour mourir



dans les lueurs

qui tiennent la nuit

en lisière


des heures

sans grâce

s’en vont à tâtons


la chambre est immobile


seule

une ombre au sol

comme si quelqu’un venait

de passer

Benjamin Juhel

Sans titre


Commencer à écrire… devant la plage blanche, ou l’écran gris… Respirer… une phrase… une ou trois… ou le vide… Rêver… rouvrir le cahier, le fichier… laisser du blanc… Recommencer… rien de sacré… s’ennuyer… aller vers la dixième phrase… à la ligne… Marcher… nager… ouvrir le frigo… Raturer… Couper, jeter… Faire des listes… Reprendre… poursuivre… Déchirer le plan… Ou fabriquer un cadre, inventer des contraintes… Écrire à nouveau… écrire à neuf… ou à l’ancienne… Relire… Monter, recouper… Non… Jeter… Jeter toutes les transitions, abattre les échafaudages… Oui… Suggérer… Ne pas expliquer… Plier du linge, sortir le chien… Métaphores ? … Images ? … Lire… Régler la focale… Ecrire un personnage… Faire des erreurs… Combien d’adjectifs…? Lire à neuf… Oublier… Se souvenir… Accepter… Continuer… Persévérer… Chercher la justesse… la note, la mesure… le rythme, la touche… S’obstiner… glisser… Rêver encore… aller vers la porosité, vers la transe légère… Aller vers la fin… reconnaître la dernière phrase… Céder… Entendre l’avant-dernier mot… encore un… Tout changer… Finir, peut-être… Et le titre ?

Marie Darrieussecq

Y. Park

(de) Creuser la nuit


Creuser

– seule loi, pour qui encor s’obstine

à désirer : l’espace autour de nous

a fondu, là-bas n’est plus

qu’au-dedans – seul

labyrinthe


Sylviane Dupuis

SMITH

Le filament

un filament

sur la joue

glisse lentement

le long de l’os


est-ce le tien

ou le mien


du doigt

je remonte la trace

je cherche son commencement

une origine


ce chemin devait être là

avant toi


j’ai pu le confondre

avec ton pas

Serge Clément