Le jardin



je reste

un long moment

devant la porte

entrouverte


je ne dis rien

j’écoute ce qui vient –

la ronce demeure la conscience

du jardin


quelques gouttes tombent

dans l’épaisseur du vent


mon visage

se tourne vers un carré

d’herbes hautes


quelque chose

les traverse  

mais rien n’y prend voix

Michel Dheurle

Sans titre


Au bord du

carré ébloui

les cassis odorants – coriaces – odorent

et je regarde

la pie sur l’herbe fraîchement coupée. Blanches

rémiges rangées sur le corps noir

beau ventre blanc et flancs quelle

mécanique suscite ainsi

ses saccades éblouissantes

m’étourdissent


Adèle Nègre

Lua Ribeira

Ivresse



une ombre

comme un voile tremblant

effleure

la peau des murs


les voix –

plutôt une rumeur tiède

s’enroulent

dans le halo bleu


puis

l’accoudoir chavire

sous ma tête

et je tombe à l’envers

du jour

Marchi

la fin



La fin du soleil rasoir

Le manteau d’arbres léopardés

Les lignes temporelles

Et

Un claquement de doigt.


Le village transpire

Les martinets nagent

S’étiole la compagnie.


Quand je suis devenue oiseau, je suis devenue martinet

Devant moi, vivait un peuple d’air aux sons bénéfiques

J’ai aimé disparaître, sortir du temps.


Marine Vassort

Clara Chichin et Sabatina Leccia

(de) Un voyage sans nom



J’ai marché avec les navires

me suis tenue près des ponts

on m’a jetée à la rue

avec les feuilles tombées des ormes.

J’ai possédé un automne

un nuage de lumière

près d’une sombre cheminée

et un nom étrange

que personne n’a pu deviner.


Leah Goldberg

Newsha Tavakolian

Rémanence



où le jour

hésite à quitter

le rêve

des voix d’algue

bruissent sous le verre

du souvenir

quelques bribes

à demi effacées

qui remontent

sous la lumière

trouble

Matthew Sprout

A voix basse



j’écris

à voix basse

des mots sur le papier


la main va lentement


elle ne sait rien

de plus que moi


elle avance

elle revient


le soir tombe

l’œil fatigue l’instant


je relis ce qui est là

je ne me reconnais pas


Fernand Desmoulin

Sans titre


Je t’avais

dit

que nous creuserions

le ciel

ensemble

nous regarderons      nous

endormirons  sur

les 3 grèves    il y a

longtemps      nous avions

vécu dans les musiques

des cités très loin

tendions les cordes

te voilà

j’ai attendu

que l’on ouvre

la grille.

Peut-être nos

bouches à ronces

n’avaient pas encore

bu.


Esther Tellermann

JK Lavin

Un chien aboie



le vent tient

dans sa paume

la chaleur des nuits d’été

la chambre est ouverte

mais l’air ne suffit pas

je me tourne

épaule contre sol

un chien au loin aboie


quelque chose remue

tout contre moi


la terre – elle aussi

ne dort pas

Kathleen Meier

L’arche

une arche

le vent

un ciel qui se penche

l’arche se fissure

et le vent rit

comme un insolent


moi –

je suis là

je ne peux ni aller

ni repartir

mes os claquent dans le froid


encore une fois

ce qui reste

tient à presque rien

SMITH