Des cinq vêtements
Qu’elle portait l’un sur l’autre
Le souvenir d’un col
Où fleurissaient sur fond rose
Des chrysanthèmes en fil d’or
Yosano Akiko
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
Ciel plus limpide
que nuit d’été.
On sent
le mouvement de la terre.
Insimulable, manque la senteur du foin,
la festive sirène
le murmure
des amants.
Antonio Osirio
Rapatrié dans l’oubli,
le dialogue convivial de nos
yeux lents.
Rapatrié syllabe après syllabe, réparti
sur les dés aveugles le jour, vers quoi
se tend la main du joueur, grande,
dans l’éveil.
Et le trop de mes paroles :
déposé sur le petit
cristal dans le fardeau de ton silence.
Paul Celan
Assassiné par le ciel,
entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.
Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’oeuf.
Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.
Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.
Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !
Frédérico Gabriel Lorca
le jour abandonné
a été rejeté sur la plage
de petites araignées travaillent sur le sable fin
sable fin autour du bateau abandonné
entre le métier
qui tisse les vagues
et sur le sable l’araignée
dont l’ombre est le seul compagnon
: le voilier à l’abandon
le jour à l’abandon
.
épaves recouvrant notre rivage à tous
Tomas Transtromer
Lapidaires pour user
pour résister.
Lapidaires et fermés
enclos sur eux-mêmes
secrets
serrés
pour s’opposer à la brisure
pour retenir l’implosion.
Plus subtils qu’un souffle
qu’un frisson de l’ange
impuissant à nous apaiser,
les mots.
Au-dedans
la densité
le poids
l’obscur qui cerne
la marée obsédante.
Au-dedans
poussières
espace émietté
rêves disjoints
discordants.
Nostalgie infinie
d’un creux encore tiède
d’un rire sous l’écorce
broyé.
Nostalgie d’une voix
multiple proche
coléreuse.
Agnès Schnell
Cet arbre et son frémissement
forêt sombre d’appels,
de cris,
mange le cœur obscur de la nuit.
Vinaigre et lait, le ciel, la mer,
la masse épaisse du firmament,
tout conspire à ce tremblement
qui gite au cœur de l’ombre.
Un cœur qui crève, un astre dur
qui se dédouble et fuse au ciel,
le ciel limpide qui se fend
à l’appel du soleil sonnant,
font le même bruit, font le même bruit,
que la nuit et l’arbre au centre du vent
Antonin Artaud
« L’Arbre aux échelles » de François Méchain
Qui
Se tient
Derrière le pelage du monde ?
Quel visage au front nu
Se détourne des rôles
Ses yeux inversant les images
Sa bouche éconduisant les rumeurs ?
Quel visage
Veillant par-delà sa vue
Nous restitue
Visage ?
Quel visage
Surgi du fond des nôtres
Ancré dans l’argile
S’offre à l’horizon ?
Andrée Chedid