(de) Pollens

.

Dans l’amour, sa première demeure,

le temps se promène avec un corps de rose,

les roses, avec un corps de lumière.

Dans le temps, son autre demeure,

le poussière se promène avec des pieds de vent,

le vent avec des pieds de poussière.

.

Adonis – Mémoire du vent

 Christopher McKenney

 

Au début

.

non même une pierre

ne vole pas

de retour dans la main

elle flotte et

les yeux s’immergent

dans l’eau

ils y trouvent le souffle

mémoire des branchies

ainsi personne ne se noie

quand le poème finit

peut-être le lecteur commence-t-il

à glaner mot pour mot

à chercher une force d’appui

par sa propre voix

au-delà du texte

au-delà d’un rivage

 

 

Eva Maria Berg

Image Guillaume Bresson

Nulle part

 

L’endroit où ils étaient couchés, il a

un nom – il n’en a

pas. Ils n’étaient pas couchés là. Mais il y  avait quelque

chose

de couché entre eux. Eux

ne voyaient pas à travers.

.

Ne voyaient pas, non,

parlaient de

mots. Aucun d’eux

ne s’est réveillé, le

sommeil est venu sur eux.

.

Paul Celan

Zhu Lanqing

 

(de Poésie)

.

La terre toute entière visible

mesurable

pleine de temps

.

suspendue à une plume qui monte

de plus en plus lumineuse.

 

Philippe Jaccotet

 Riego Van Wersch

 

Trou d’étoile

.

Je m’assois

tout au bord

d’une étoile

et regarde la lumière

se déverser

de mon coté.

Elle passe

à travers

un petit trou

dans le ciel.

Je ne suis pas très heureux

mais je peux voir

comment sont les choses

au loin.

.

Richard Brautigan

Image John Brosio

(de) habertstrass

.

Jeunes vieux

passants que la nuit traverse

la mer et ses feux.

 

les uns rient plus haut que les toits

et parfois trébuchent

comme si leur ombre même

brulait à l’intérieur.

 

Guy Goffette

Daniel Soares

 

On voit

.

Par le monde on voit

chambres rouges

avenues à flambeaux

femmes aux orteils posés

sur des terres chaudes

invitations à mourir

faites la nuit comme le jour

parfois près de l’usine atomique

des glaneuses penchées

jusqu’au soir.

.

Jean Follain

Ole Marius Joergensen

.

 

 

Oiseaux

.

séraphiques

en costumes luisants, les yeux noirs,

ils observent nos membres sans plume

mais jamais ne nous recherchent

car nous sommes des corps :

le lieu de l’exil dans le monde.

.

Torild Wardenaer

Loca Lee

 

 

Sa maison

 

Elle pensait peut-être que jamais

ce ne pourrait être une vraie catastrophe

si tout était propre et bien rangé

.

Elle pensait peut-être en entrant

dans une autre maison que ce pourrait

être la sienne car l’odeur lui était familière

.

Elle pensait peut-être que rien ne dure

pas même les murs de la maison

sans l’intervention d’un mensonge apaisant.

.

Hanne Bramness

Stéphane Guillaume

 

 

 

(de) Matière solaire

.

Le mur est blanc

et brusquement

sur le blanc du mur tombe la nuit.

Il y a un cheval proche du silence,

une pierre froide sur la bouche,

pierre aveuglée de sommeil.

Je t’aimerais si tu venais maintenant,

si tu penchais

ton visage sur le mien tellement pure

et tellement perdu.

O vie.

.

Eugénio de Andrade

Image Jean-Christophe Philippi – Trinité février 2003