A l’égal d’une silhouette connue,
ou mieux inconnue, sans égal
parmi les autres animaux, terre unique
combien j’aimais ton visage fortuit.
Sandro Penna
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
tes yeux attendent devant ma vie
comme nuits, qui se tendent vers les jours,
et le rêve lourd repose sur elles incréé.
des étoiles étranges regardent fixement vers la terre,
couleur métal avec l’errance de la nostalgie,
avec des bras brûlants qui cherchent l’amour
et dans la fraîcheur n’agrippent que de l’air.
Else Lasker-Schüler
A l’ombre du jardin
Sur la chaise longue
Pendant la sieste
Les vrilles du volubilis ont poussé
Les vrilles ont poussé puis
Ont enlacé ses jambes
Ont rampé sur son cœur
D’un cœur amoureux
Pénétré son nez
Son crane
Y font scintiller mille fleurs
Comme un feu d’artifice
Et alors dans son jardin
Au mois d’août
Une neige fine mais indiscutable
Est tombée
Tsesuo Shimizu
Je voudrais rester là, dans la rue froide
pour voir deux fenêtres allumées sur une façade.
Celle qui demeure ici m’est très chère.
Mon cœur est malade, lorsque c’est éclairé.
Marcher jusqu’au coin, revenir lentement,
pour te voir apparaître, qui sait.
Te savoir si proche… Pourquoi rester ici ?
Mon cœur est malade, lorsque c’est éclairé.
Karin Boye
Le temps forme
des paysages de rien
dans les rues
où passent également l’air
une voiture
ou une personne détestée
une ombre salue une autre ombre
ombres toutes deux vêtues
de la couleur du matin
et puis elles tournent au coin de la rue
en serrant ensemble dans leur mains
des morceaux de rien
Homéro Aridjis