J’écris des dates
le temps qui les traverse
ne laisse qu’un peu de poudre humide
parfois les feuilles remuent
le ciel n’est pas le ciel
le jour est un reste de regard
Jacques Ancet
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
entouré de mystères ce qui file
au tréfonds de lui-même ce sont des ces rêves que sans doute
il ne pourra réaliser
ces passions sans fondement auxquelles sa faim aspire
un amour sur le point d’être effacé
et lui qui a connu la honte de ce qui s’écrit sur la page blanche
lui s’embarquera dans le futur
Yoshimoto Takaaki
Adieu, dit-elle. Rendant close la ville.
Hier même, par son extrême absence,
ma chérie, la poupée d’argile,
sans autre avertissement s’est jetée dans le vide.
La bibliothèque s’effeuille. Les tableaux
se réduisent à de simples taches çà et là.
J’entends de tous côtés le grillon de la Lune.
Je descends, le cœur sur la main, par la voie morte
d’un mauvais rêve dont on ne peut plus se réveiller.
Roberto Sosa
La lune s’envase
jusqu’aux yeux
elle est à peine visible
je veux la guetter
écorcher son ventre blanc
et la préparer
sa viande a la saveur
du poisson de mer
Anise Koltz
Ade Adekola
Un même pan ferme le coin
Où l’air libre s’étend
Autour la corde glisse
Et l’eau monte
La pluie descend
Un homme tombe de fatigue
C’est le même qui tend sa main
On saute le mur du jardin
Le ciel est plus bas
Le jour baisse
La route court
Et le vent cesse
On pourrait croire qu’il est arrivé quelque chose
Mais rien
Pierre Reverdy (de Pierres blanches)
Choses et gens nous
entourent. Et les deux
déchirent l’œil.
Je suis assis sur un banc
du parc et je suis des yeux
une famille qui passe.
La lumière me répugne.
C’est janvier. L’hiver.
Selon le calendrier.
Quand le noir me répugnera,
alors je parlerai.
Joseph Brodsky
Cécile Hesse & Gael Romie
Carrare là où la campagne donne le marbre
Là où j’ai passé un été
Les alouettes il n’y en avait pas et les serpents ne sortaient pas
Le soleil simplement d’un tapis de prunes bleues est sorti
Puis vers le tapis de prunes bleues s’est incliné
Et l’adolescent dans la rivière attrapa un dauphin
Junzaburō Nishiwaki