Labyrinthe

 

Il n’y a pas de porte. Tu y es

Et le château embrasse l’univers.

Il ne contient ni avers ni revers

Ni mur extérieur ni centre secret.

N’attends pas de la rigueur du chemin

Qui, obstiné, bifurque vers un autre,

Qu’il ait une fin. De fer est ton destin

Comme ton juge. N’attends pas l’assaut

Du taureau qui est homme et dont, plurielle,

L’étrange forme est l’horreur du réseau

D’interminable pierre qui s’emmêle.

Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette

Bête au noir crépuscule qui te guette.

 

Jorge Luis Borges

 Paul Klee

 

(de) le moteur blanc

 

Je suis dans le champ

comme une goutte d’eau

sur du fer rouge

 

lui-même s’éclipse

 

les pierres s’ouvrent

 

comme une pile d’assiettes

que l’on tient

dans ses bras

 

quand le soir souffle

 

je reste

avec ces assiettes blanches et froides

 

comme si je tenais la terre

elle-même

 

dans mes bras

 

André du Bouchet

Nick Turpin

 

 

 

 

L’autre

 

Tu es celui

Et tu es moi

Qui s’est guéri

Par la lumière

 

Tu es cela

D’or et de fée

Vivant réel

Sous le soleil

 

Tu es ici

Autre départ

Le jeu cruel

 

Absent dès l’aube

Tu es sans toi –

Mais le soleil

 

André Welter

 Gabrielle Sykes

 

 

Calme du soir

 

Sens comme est proche la Réalité.

Elle respire tout près d’ici

dans les soirs sans vent.

Elle se montre peut-être quand nul ne le croit.

 

Le soleil glisse sur les herbes et les roches.

Dans son jeu silencieux

se cache l’esprit de vie.

Jamais il ne fut si proche que ce soir.

 

J’ai rencontré un étranger qui se taisait

Si j’avais tendu la main

j’eusse effleuré son âme

quand nos pas timides se sont croisés.

 

Karin Boye

Surtitha Chatterjee

 

Ruses de vivant

 

ce bout de route

devant moi

plus proche de la nuit

la vraie

la véridique

l’incontournable

je ralentis le pas

je fais semblant

d’admirer le paysage

ruse de vivant

 

Abdellatif Laâbi

image Ed Van der Elsken

(de) la mémoire des branchies

 

rabâcher

le poème qu’en est-il

de l’image

quand elle nage

toute

trempée

se gonfle

noie

épuisé

isolé mot

après mot

introuvable

privé

de couleur

 

Eva-Maria Berg

 Luis Garvan

Tu me demandes

 

ce que je veux

je ne le sais pas

 

je sais seulement que je rêve

que le rêve me fait vie

et que je plane dans un nuage

 

je sais seulement que j’aime

humains montagnes jardins la mer

je sais seulement

que beaucoup de morts habitent en moi

je bois mes instants

je sais

seulement

que c’est le jeu du temps

haut et bas

derrière tous les mots le silence

qui bat

 

Rose Ausländer

 Marta Bevacqua

 

 

 

Médieuse

 

La rosée la pluie la vague la barque

La reine servante

Médieuse

 

La perle la terre

Perle refusée terre consentante

 

Le départ entre deux feux

Le voyage sans chemin

D’un oui à un autre oui

Le retour entre les mains

De la plus fine des reines

Que même le froid mûrit

 

Paul Eluard

Łukasz Spychała

Coquillage

 

Rien, rien du tout

est né,

meurt, le coquillage dit encore

et encore

depuis la profondeur des creux de rocher.

Son corps

balayé par la saison – donc quoi ?

Il dort

dans le sable, séchant à la lumière du soleil,

se baignant

à la clarté lunaire. Rien à faire

avec la mer

ou quelque chose d’autre. Dessus

et dessus

 

Shinkichi Takahashi