j’ai rêvé de voler
et c’est ainsi que je l’ai voulu
et même quand le ciel
à l’improviste
est tombé,
croyez-moi,
je n’ai jamais cessé
de voler
Roberto Véracini
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
j’ai rêvé de voler
et c’est ainsi que je l’ai voulu
et même quand le ciel
à l’improviste
est tombé,
croyez-moi,
je n’ai jamais cessé
de voler
Roberto Véracini
Il n’y a pas de porte. Tu y es
Et le château embrasse l’univers.
Il ne contient ni avers ni revers
Ni mur extérieur ni centre secret.
N’attends pas de la rigueur du chemin
Qui, obstiné, bifurque vers un autre,
Qu’il ait une fin. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends pas l’assaut
Du taureau qui est homme et dont, plurielle,
L’étrange forme est l’horreur du réseau
D’interminable pierre qui s’emmêle.
Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette
Bête au noir crépuscule qui te guette.
Jorge Luis Borges
Je suis dans le champ
comme une goutte d’eau
sur du fer rouge
lui-même s’éclipse
les pierres s’ouvrent
comme une pile d’assiettes
que l’on tient
dans ses bras
quand le soir souffle
je reste
avec ces assiettes blanches et froides
comme si je tenais la terre
elle-même
dans mes bras
André du Bouchet
Sens comme est proche la Réalité.
Elle respire tout près d’ici
dans les soirs sans vent.
Elle se montre peut-être quand nul ne le croit.
Le soleil glisse sur les herbes et les roches.
Dans son jeu silencieux
se cache l’esprit de vie.
Jamais il ne fut si proche que ce soir.
J’ai rencontré un étranger qui se taisait
Si j’avais tendu la main
j’eusse effleuré son âme
quand nos pas timides se sont croisés.
Karin Boye
ce bout de route
devant moi
plus proche de la nuit
la vraie
la véridique
l’incontournable
je ralentis le pas
je fais semblant
d’admirer le paysage
ruse de vivant
Abdellatif Laâbi
Ed Van der Elsken
ce que je veux
je ne le sais pas
je sais seulement que je rêve
que le rêve me fait vie
et que je plane dans un nuage
je sais seulement que j’aime
humains montagnes jardins la mer
je sais seulement
que beaucoup de morts habitent en moi
je bois mes instants
je sais
seulement
que c’est le jeu du temps
haut et bas
derrière tous les mots le silence
qui bat
Rose Ausländer