La mer,
seule
au bout du ciel
écroulée en nous
comme une pluie
limpide de l’été,
sous le clair de lune,
elle hume l’encens
et la myrrhe en nous.
Sonia Elvireanu
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
La mer,
seule
au bout du ciel
écroulée en nous
comme une pluie
limpide de l’été,
sous le clair de lune,
elle hume l’encens
et la myrrhe en nous.
Sonia Elvireanu
Mourir et puis renaître
et puis mourir encore
et ne renaître plus.
Aller d’îlot en îlot
sans se soucier du vent et de l’essence
sans se gâcher le corps
s’endormir dans les rochers ;
si j’étais femme ou herbe au moins
mais au fond
être homme n’est qu’une intermittence,
je vais me coucher avec les héros
et le temps ne me servira.
Franco Costantini
D’elle j’attends ce dessin presqu’un oiseau
une branche ce quelque chose entre le ciel
et ma main
et ce caillou qui ne m’arrête pas
est-il autre chose pour s’éloigner
que d’avoir grandi où elle aura passé
Ainsi chaque jour un travail
perché sur mon épaule
la terre en vue retournée
par la mort
un instant
de ce qui brille
les yeux fermés
Paupière une écriture
si fine frissonne de recueillement
dans les branches
d’un oiseau gavé de lumière
comme un fruit
Thierry Metz
Et parfois je rentrais en moi
et je rendais visite au rêve
: statue qui s’éternise
en des pensées liquides,
un ver blanc qui se tord
dans l’amour.
Un amour débridé.
Un rêve dans un autre rêve.
Et le cauchemar me disait : tu grandiras.
Tu laisseras derrière toi les images de la douleur et du labyrinthe
et tu oublieras.
Mais en ce temps-là grandir aurait été un crime.
Je suis ici, dis-je, avec les chiens romantiques
et c’est ici que je vais rester.
Roberto Bolano
Nous finîmes par sortir
de la brume de la nuit.
A présent, personne ne reconnaissait personne.
Le sens, nous l’avions perdu en chemin.
Personne ne demanda non plus avec insistance :
Qui es-tu ?
Répondre, nous ne le pouvions pas.
Nous avions perdu
nos noms.
Loin de là, le tonnerre
venu d’un cœur qui ne cède pas
déjà à l’œuvre.
Nous écoutions sans comprendre.
Nous étions arrivés au plus lointain des lointains.
Tarjei Vesaas
Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j’apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n’en avaient pas, et contempler l’enfant qui dort en souriant.
Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant ? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s’éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend. Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.
Pierre Reverdy
Ce soir
La nuit est bleue
Avec un parfum de girofle
Sous la pierre lente et chaude
Tu vas et viens
De ton cœur
Au jardin
Et le pouls des planètes
Pourrait cesser de battre
Sans que la peur
Ne soit nommée
Dans la douceur des choses.
Hélène Cadou