déjà
cela se déplace à nouveau
sans changer
c’est un autre matin
terriblement vite
cela use
restent les têtes muettes
les morts et
les bêtes
Antoine Emaz
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
Donne moi ce murmure
ce chemin en écho
où commence ce dire
Mon cœur incendié remue une cendre noire
Rumeur rêche d’une corne d’or
Chimère de mercure et de chrome
Une déchirure inconnue de douceur
Mienne, comme mon émoi-même
Georges PEREC
Cédric Van Turtelboom
Incertitude. Où la voix
dira le mot, la vie
recommencera. Pour l’instant
rien qu’une attente. Un désir
qui n’ose s’avouer
désir. Une aube
oublieuse de la nuit
mais qui doute du jour.
Tout pourrait rester ainsi
entre rêve et sang,
souffle et pierre.
N’avoir qu’une conscience,
l’angoisse. N’être qu’un remous
de néant. Mais, la parole
enfin gorgée de silence,
voici que sur le fond
blême du matin se lève
un soleil sur de sa fin.
Louis Guillaume
Ici près des fontaines
je revivrai ma vie
Ici près des fontaines
on partira dès l’aube
comme les ouvriers
La maison sera belle
Et le pont chantera
sous les vieux tramways
On entendra les foulques
On entendra l’eau douce
nous parler du bonheur
dont tous avaient rêvé
mais que nul n’a connu
Et seul subsistera
le carillon des heures
sur les quais détrempés
et sur les jardins nus
Georges Haldas
Le soir d’hiver choit dans les ruelles
Parmi des relents de grillade.
Il est six heures.
Les mégots de jours enfumés.
Voici que l’averse en bourrasque
A nos pieds plaque
Des bribes de feuilles souillées
Et de vieux journaux arrachés
Aux terrains vagues ;
Contre les jalousies brisées
Et les tuiles des cheminées
L’averse bat ;
Un cheval de fiacre esseulé
Au coin de la rue piaffe et fume.
Puis les réverbères s’allument.
Thomas Stearns Eliot
Tombés plus bas que la nuit, mais un seul non
pour eux deux ; et le souffle du vent sur la terre
dure où s’est enfoncée leur maison.
Tout ce qui chante est entré dans leur sang, en
arracha la nuit et cette nuit d’outre noir a fait
monde qui les éloigne,
et les unit avec la mémoire d’un cœur qui se ferme
dans l’amour.
Joe Bousquet
Depuis le rivage
semant ses bienfaits un nuage vole
puis un aigle, messager.
Seules les îles gémissent vers le rivage à leur départ,
quand le vent sous le gel se fige, pleurant sur leur sort.
Et la mort du nuage
et la fin de l’aigle
et le dernier cri
sont une suffisante genèse.
Les lueurs de l’Est ne dorent pas les eaux du rivage,
et les lumières de l’Ouest ne recouvrent pas l’homme qui
regarde.
Seul jusqu’au destin du rivage résonne le chant de ceux
qui s’en vont :
adieu, étranger aux visages enfouis.
Pentti Holappa
Dimitris Michakis