(de) Au présent des veines

 

alors j’ai pensé au mot destruction

et à tout ce qu’il faudrait rassembler

(été, jazz, corps à corps et tango,

immensité, jardin, rivage et quelques

insectes)

pour éviter de voir

son propre corps à très grande vitesse

recomposer croisant les certitudes

la nuit puis chaque nuit encore la nuit

 

Nicolas Brossard

 Loreal Prystaj

Après

 

Partir pour

l’endroit

du silence,

pour le soleil

qui aujourd’hui

délaisse le bruit,

la vieille vantardise.

Trouver,

finir maintenant par trouver

où ils sont partis en courant,

ceux qui étaient ici

calmes et intrépides,

dans quels chorus, quels mirages

il est vain de les chercher.

 

Ilse Aichinger

Barbara Diener

Le corridor

j’entrouvre le rideau

dans le ventre céleste

où nos sangs d’humains se mêlent

je marche vers la cuisine

toujours ce même rêve

d’embrasser l’insatiable sans y perdre le vent

et je pense à la mer

étendue et ouverte

sauvage et pleine d’ombre

Caroline Dufour

(texte et image)

(de) Un privé à Tanger

 

Le trait

le pli

est toujours plus sombre

que la couleur

la plus sombre.

Dans ma  maison

La couleur et la voix

ne se touchent pas

plus que le regard ne touche

la lumière

L’obscurité n’est pas une limite.

 

Emmanuel Hocquard

shoji Ueda

 

Sans titre

 

Si pure

la lumière

éclabousse le monde

M’y fondre

serait vivre

enfin

dans la beauté du rien.

 

Colette GIBELIN

Alejandra Laviada

(de) Uiesh / Quelque part

 

Tu tournes autour de moi

Toi qui contes ma vie

Dans cet élan, j’essaie d’exister

 

Ne persiste pas à nier

 

J’écris

Ma présence

 

Joséphine Bacon

Diana Taman

 

 

 

 

Le rocher aux aigles

 

Derrière le verre

du terrarium

des reptiles

étrangement inertes.

 

Une femme accroche son linge

dans le silence

la mort est à l’abri du vent.

 

Mon âme glisse

dans les profondeurs su sol

aussi paisible qu’une comté

 

Thomas Transtromer

  Damien Maloney

(de) Autour

 

déjà

cela se déplace à nouveau

sans changer

c’est un autre matin

 

terriblement vite

cela use

 

restent les têtes muettes

les morts et

les bêtes

 

Antoine Emaz

Eric Schubert

Poème d’amour

 

A pierre fendre

mon amour

 

à tracer sur le sable

les contours d’une pierre

 

à graver dans la pierre

le repos de la mer

 

à pierre fendre

mon amour

 

Alain NAUD

Caster Sejersen

Cueillette d’anges

 

… Parfois

Un bruit sourd

Comme pour la chute

D’un fruit dans l’herbe.

Comment passe le temps !

Les anges

Sont mûrs et se sont mis à tomber :

L’automne est enfin arrivé au ciel…

 

Ana blandina

Jill Wilcott