.
il n’y a
dans la véranda
que la table où nous sommes où nous ne sommes
pas
quelque chose
n’est plus moi quand j’écris mais je t’écris encore
.
Eric Sautou
Fergus Padel
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
.
il n’y a
dans la véranda
que la table où nous sommes où nous ne sommes
pas
quelque chose
n’est plus moi quand j’écris mais je t’écris encore
.
Eric Sautou
Fergus Padel
.
Pas un rayon encore,
le vert sèvère des feuillages,
l’étendue du ciel pâle
et presque rien ne bouge
ni se fait entendre,
nous avons franchi la porte,
tiré les chaises et la table
devant ce paysage de l’aube
au sortir d’une nuit incertaine.
.
Paul de Roux
Zao Wou-ki
.
Jours de pluie
Derrière mes barreaux je regarde
La fin des fleurs
.
Et voici le poème
La belle écume des choses
Qui tuent
Qui luttent contre la mort
Qui aiment au galop
.
Un lieu sûr c’est
Comme prier
Les mains coupeées
.
La tempête a laissé au jardin
Ce que j’assemble ici :
Un grand vide que le cœur emplit
Mais j’entends la nuit savez-vous
J’entends la nuit qui bouge
Dans le noir
.
Véronique Wautier
R. Michael Walker
.
Pour seules vivres
l’os du chemin
rongé par la lumière
.
pauvre est le sol
où s’use la pierre
sous les rafales du vent
.
citernes vides
remplies d’échos
sources taries dans l’air hautain
.
le chemin n’est que poudre d’os
dans la paume de la terre
.
José-Flore Tappy
Serge Clément
.
Mes pieds
glissent
océan
agapes
la-haut, ils
les bons hommes
érigent des montagnes
c’est l’heure de sable
ça sent le parfait
jusque dans le ciel
il est temps de
poser mes falaises
au rythme
« Un deux – moins vite,
vois commes ça chaloupe »
des vagues
.
Anne-Laure Lussou
Can Dagarslani
.
Plage poussière
de soleils
unanimes
.
(égrénée
perd son compte
dans le découlement d’une identique l’autre
chaque fois différent)
.
Entre ses marbres
Infimes
suivent
des abimes de temps
.
Danièle Faugeras
Satoshi Morita
.
ta voix
là où les choses ne peuvent s’extraire
de mon regard
elles me dépouillent
font de moi une barque sur un fleuve de pierres
si ce n’est ta voix
pluie seule dans mon silence de fièvres
tu me détaches les yeux
et s’il te plaît
que tu me parles
toujours
.
Alejandra Pizarnik
Francesca Woodman
.
La porte entrouverte,
L’odeur des tilleuls…
Oubliés sur la table,
Un gant, une cravache.
.
Le jaune de la lampe…
J’écoute tous les bruits
Pourquoi es-tu parti ?
Je ne comprends pas…
.
Le matin bientôt
Sera soyeux et clair.
Que cette vie est belle,
Sois sage, mon cœur.
.
Toi qui semble las.
Ce battement trop sourd…
Je l’ai lu, tu sais :
Jamais l’âme ne meurt.
.
Anna Akhmatova
Egon Schiele
.
On touche on cherche y a-t-il jamais
eu autre chose que ce suspens
comme entre deux et quatre la rue
l’été c’était l’enfance le jaune
de la maison d’en face on répète
les mêmes mots les mêmes images
comme s’ils gardaient un peu de corps
et qu’on était resté là toujours
le front contre le froid de la vitre
.
Jacques Ancet
Martin Parr
.
Je pense qu’en ce moment
personne peut-être ne pense à moi dans l’univers,
que moi seul je me pense,
et si maintenant je mourrais,
personne, ni moi, ne me penserait
.
Et ici commence l’abîme
Comme lorsque je m’endors.
Je suis mon propre soutien et me l’ôte.
Je contribue à tapisser d’absence toutes choses.
.
C’est pour cela peut-être
que penser à un homme
revient à le sauver
.
Roberto Juarroz
Kata Geibl