Kodokushi



sur la feuille

j’écris –

« la maison

de la mort

est faite

pour la vie »

Boris Mikhailov

Presque un souvenir


l’œil

boit

l’itinéraire

les voix

et les visages

il boit

l’instant passé

l’ombre

la lumière

il boit

l’innocence

les mots

et les larmes

blanches

  Pierro Percoco

Poésie du chien


à l’heure dite

le vent effleure les pierres

une présence proche

rase le sol – sans doute

l’humeur lasse

d’une bête

et juste au-dessus

ces oiseaux noirs

comme figés

dans le ciel

le temps suspendu

ces longues bandes

de lumière

terrain-vague

imageMaude Schuyler Clay

Habitance



le jardin

ce novembre

sans voix

et les feuilles brunies

en amas

je te vois

par la fenêtre

tu ratisses – il faudra

disais-tu les laisser

pourrir là

je voudrais

te venir en aide

approcher ta fatigue

mais ça

tu ne le veux pas

  Yean j Yue

Chemin des moulins



dans le couloir

qui nous habite

nos corps flous

silencieux

flottent

sans poids

les murs

fleurent bon la prune

rance

rien ne bouge

rien n’est dit

sans doute

sommes-nous morts

un soir

sans même

le savoir

Matthew Beck

Toussaint

.

cette petite vieille

l’œil bas

qui astique la dalle

jouxte

elle sait peut-être

où vont les morts

quand ils nous dés-appartiennent –

le jour

de tes funérailles

nous étions pourtant tous là

une rose à l’œil

à prier sous un ciel

de taille

   Bertrand Lamouroux

A la fin des fins



invisibles

l’un

pour l’autre

nous traçons

de nos bras

de grands cercles

silencieux

sous les nuages qui nous

obombrent

Soo Burnel

Parc du Portugal


le chant

des oiseaux

que le soir agite

la ville s’ouvre

un souffle

dans les branches

la lumière se retire

nous sommes cent

peut-être mille

sous la maison

aux volets clos

une voix

soudain

lance un vers

nos visages

s’irradient

Caroline Dufour

Octobre blanc



chassée

par le vent

une page

autrefois arrachée

au cahier du jour

et aussitôt après

cet enfant –

moi ?

trempé de pluie

qui passe

sans un regard

devant

la closerie

terrain-vague

Kazuko Nishimura

Clay Maxwell Jordan

Vers onze heures


et puis

c’est le jour d’après

différent – plus las

peut-être

les rues sont vides

il manque

la joie la chair

le nombre

de quoi rattraper l’oubli

sur un mur

en retrait

à la craie j’écris –

si j’étais un arbre

j’ouvrirai mes bras

pour étouffer

la lumière

 Caroline Dufour