La grande bellezza


des traits

remontent le soir

en surface

un souffle

un mot à demi

parfois les rendent

à la vie

d’autres fois

ce sont

des corps entiers

qui reviennent

jusqu’ici

rêver à pas lents

James Reddinton

Ami


le givre

les poumons

le ciel gris

le silence à même

les os

voilà tout

ce que j’ai – ami

à confier

je marche

entre deux bords

ma tête résonne

de peu

je vais

sans même savoir

si je vais

à l’endroit

où tu es

Caroline Dufour

Axiome



assis au pied

de son propre

orgueil

le poème cherche

une langue

pour nommer

la nuit

se referme

sur moi

les mots qui viennent

s’affaissent

avant d’atteindre

le papier 

. Florent van Roeckel

Est ce qui vient



un peu plus

chaque jour

la vague barre

le chemin

d’abord

un œil

halluciné

puis ce bras d’écume

en plein remous

qui présage

aussitôt

un déchaînement

Carlo Zinelli

(de) Le Reste du voyage

.

« Le poème se fout de l’égalité

des rayons du cercle ou que deux plus deux fassent

fatalement quatre il est d’ailleurs le seul

espace vital où la loi devient folle

mange l’irréversible et retourne la mort

il n’est tel qu’en lui-même que hors de lui

devenu souffle en tête et buée verbale

phénix d’air toujours naissant sur quelque lèvre »

.

Bernard Noël

1946-1967



là où la rive

est immobile

entre la terre et l’eau grise

juste au-dessous

d’un vol de corneilles

endimanchées

Margherita Chiarva

Esquisse de la disparition



un chemin

de sable

entre la roche

et l’eau

un jour levé

qui tremble

à peine

des traces de pas

presque effacées

puis

à flanc d’ombre

les visages blancs

de ceux qui ne reverront

jamais

un rivage

Céleste Dupuy Spencer

Avent

à l’origine

les mains roses

et les gestes

inachevés

des visages

au fond de l’eau

la voix plus que

la langue


le simple désir

un jour

d’être soldat

Polina Washnington

Une vie comme ça

.

un sol

avec trois coquilles –

fruits anciens

que la mousse

a gagnés


l’eau –

un jus noir

et puant qu’une pompe –

sans fin soulève

et repose


cette enfant – le vert

de ses yeux – le matin

qui jette des miettes

du haut

des cieux

Marta skyro