sous la lune
qui perce au vent
un vieux chêne
montre ses fesses
seize heures
des enfants rient
dans l’herbe jaune
non loin
en cercle leurs mères
délibèrent –
d’un buisson
soudain
le cri roux d’un chien
sans nom

Rapatrié dans l’oubli,
le dialogue convivial de nos
yeux lents.
Rapatrié syllabe après syllabe, réparti
sur les dés aveugles le jour, vers quoi
se tend la main du joueur, grande,
dans l’éveil.
Et le trop de mes paroles :
déposé sur le petit
cristal dans le fardeau de ton silence.
Paul Celan
ce doux profil
à la lueur d’une lanterne –
on dirait le motif
d’un poisson
brossé sur de la porcelaine
mais voilà que
soudain le motif murmure
des mots
dans une langue ancienne
à peine soufflée

« La poésie est l’effet d’un certain besoin de faire, de réaliser avec les mots l’idée que l’on a eu de quelque chose. Il faut donc que l’imagination ait une idée vive et forte, quoique d’abord imparfaite et confuse, de l’objet qu’elle se propose de réaliser. Il faut en plus que notre sensibilité ait été placée à l’égard de cet objet dans un état de désir, que notre activité ait été provoquée par mille touches éparses et qu’elle soit pour ainsi dire, mise en demeure de répondre à l’impression par l’expression. »
Paul Claudel – Réflexions sur la poésie
.
papier
de cellulose
en pure pâte
vierge
doublé sur l’épaisseur
et soufflé à l’air chaud
avec son mandrin
exempte de tout parfum
qui aisément
s’éteint dans l’eau
des broyeurs
ou des fosses
septiques
Assassiné par le ciel,
entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.
Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’oeuf.
Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.
Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.
Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !
Frédérico Gabriel Lorca
le jour abandonné
a été rejeté sur la plage
de petites araignées travaillent sur le sable fin
sable fin autour du bateau abandonné
entre le métier
qui tisse les vagues
et sur le sable l’araignée
dont l’ombre est le seul compagnon
: le voilier à l’abandon
le jour à l’abandon
.
épaves recouvrant notre rivage à tous
Tomas Transtromer
Lapidaires pour user
pour résister.
Lapidaires et fermés
enclos sur eux-mêmes
secrets
serrés
pour s’opposer à la brisure
pour retenir l’implosion.
Plus subtils qu’un souffle
qu’un frisson de l’ange
impuissant à nous apaiser,
les mots.
Au-dedans
la densité
le poids
l’obscur qui cerne
la marée obsédante.
Au-dedans
poussières
espace émietté
rêves disjoints
discordants.
Nostalgie infinie
d’un creux encore tiède
d’un rire sous l’écorce
broyé.
Nostalgie d’une voix
multiple proche
coléreuse.
Agnès Schnell