Pluie la nuit

 

Quelque chose ment que je t’ai perdue,

je le croirais presque.

Il fait maussade et de l’humilité tout plein.

Le cœur se cabre,

l’œil brûle.

De larme aucune.

En pleurs n’est que la nuit dehors.

Isolement.

 

Texte et image de Paul Klee

Poésie du chien


à l’heure dite

le vent effleure les pierres

une présence proche

rase le sol – sans doute

l’humeur lasse

d’une bête

et juste au-dessus

ces oiseaux noirs

comme figés

dans le ciel

le temps suspendu

ces longues bandes

de lumière

terrain-vague

imageMaude Schuyler Clay

Lettre

 

où es-tu ?

où sont  les promontoires de roses

la route qui traverse les flammes,

les crêtes parjures ?

où est la perle qui

se ferme comme une coquille

où sont les carnavals d’avant la fin du monde ?

où est l’astre victorieux sur le drapeau ?

où est le cœur du brouillard ?

où es-tu

Où sommes-nous ?

 

Bei Dao

William Hess

 

Habitance



le jardin

ce novembre

sans voix

et les feuilles brunies

en amas

je te vois

par la fenêtre

tu ratisses – il faudra

disais-tu les laisser

pourrir là

je voudrais

te venir en aide

approcher ta fatigue

mais ça

tu ne le veux pas

  Yean j Yue

(de) Conférence sur un paysage

 

Comme quand le paysage glisse

sous la

peau. Comme quand l’hiver s’installe

dans un

 

puits. Celui qui s’en va

regarder

dedans

y trouve le ciel, qui se change en

 

nuit.

Et une étoile

qui scintille

dans le ciel véritable.

 

Jan Erik Vold

Robert Darch

 

(de) Poésie verticale

 

Être.

Et rien de plus.

Jusqu’à ce que se forme un puits en dessous.

 

Ne pas être.

Et rien de plus.

Jusqu’à ce que se forme un puits au-dessus.

 

Ensuite,

entre ces deux puits,

le vent s’arrêtera un instant.

 

Roberto Juarroz

Melissa Schriek

 

Chemin des moulins



dans le couloir

qui nous habite

nos corps flous

silencieux

flottent

sans poids

les murs

fleurent bon la prune

rance

rien ne bouge

rien n’est dit

sans doute

sommes-nous morts

un soir

sans même

le savoir

Matthew Beck

(de) Neige

 

Sait-elle

qu’elle existe

la corneille sur le fil

de fer ?           Car la nuit vient.

De leur passage en terre

inconnue, rien n’est resté.

 

Les os

trop lourds, les crânes

disproportionnés appuyés au mur

de béton

Lui monte

à la porte

du dépositoire la garde…

 

Gérard Bayo

 Pierre Soulages

Toussaint

.

cette petite vieille

l’œil bas

qui astique la dalle

jouxte

elle sait peut-être

où vont les morts

quand ils nous dés-appartiennent –

le jour

de tes funérailles

nous étions pourtant tous là

une rose à l’œil

à prier sous un ciel

de taille

   Bertrand Lamouroux

A la fin des fins



invisibles

l’un

pour l’autre

nous traçons

de nos bras

de grands cercles

silencieux

sous les nuages qui nous

obombrent

Soo Burnel