il reste
encore sur ma joue
un gout de sel
je touche
mon visage
la peau semble fêlée
pourtant
rien n’apparait
peut-être
que le miroir ne sait pas
où regarder

Maria-Luisa Imperiali
il reste
encore sur ma joue
un gout de sel
je touche
mon visage
la peau semble fêlée
pourtant
rien n’apparait
peut-être
que le miroir ne sait pas
où regarder

Maria-Luisa Imperiali
.
Mes pieds
glissent
océan
agapes
la-haut, ils
les bons hommes
érigent des montagnes
c’est l’heure de sable
ça sent le parfait
jusque dans le ciel
il est temps de
poser mes falaises
au rythme
« Un deux – moins vite,
vois commes ça chaloupe »
des vagues
.
Anne-Laure Lussou
Can Dagarslani
.
Plage poussière
de soleils
unanimes
.
(égrénée
perd son compte
dans le découlement d’une identique l’autre
chaque fois différent)
.
Entre ses marbres
Infimes
suivent
des abimes de temps
.
Danièle Faugeras
Satoshi Morita
.
ta voix
là où les choses ne peuvent s’extraire
de mon regard
elles me dépouillent
font de moi une barque sur un fleuve de pierres
si ce n’est ta voix
pluie seule dans mon silence de fièvres
tu me détaches les yeux
et s’il te plaît
que tu me parles
toujours
.
Alejandra Pizarnik
Francesca Woodman
.
La porte entrouverte,
L’odeur des tilleuls…
Oubliés sur la table,
Un gant, une cravache.
.
Le jaune de la lampe…
J’écoute tous les bruits
Pourquoi es-tu parti ?
Je ne comprends pas…
.
Le matin bientôt
Sera soyeux et clair.
Que cette vie est belle,
Sois sage, mon cœur.
.
Toi qui semble las.
Ce battement trop sourd…
Je l’ai lu, tu sais :
Jamais l’âme ne meurt.
.
Anna Akhmatova
Egon Schiele
.
On touche on cherche y a-t-il jamais
eu autre chose que ce suspens
comme entre deux et quatre la rue
l’été c’était l’enfance le jaune
de la maison d’en face on répète
les mêmes mots les mêmes images
comme s’ils gardaient un peu de corps
et qu’on était resté là toujours
le front contre le froid de la vitre
.
Jacques Ancet
Martin Parr
jaunes
rouges bleus
qui vont
infatigables
de coins sombres
en fourrés creux
avec des ailes
lumineuses
qu’ils déploient
comme s’ils savaient
depuis toujours
voler
Minnie Evans
.
Je pense qu’en ce moment
personne peut-être ne pense à moi dans l’univers,
que moi seul je me pense,
et si maintenant je mourrais,
personne, ni moi, ne me penserait
.
Et ici commence l’abîme
Comme lorsque je m’endors.
Je suis mon propre soutien et me l’ôte.
Je contribue à tapisser d’absence toutes choses.
.
C’est pour cela peut-être
que penser à un homme
revient à le sauver
.
Roberto Juarroz
Kata Geibl
.
Près du cimetiere, à droite
un désert de poussière.
Au-delà, toute bleue
la rivière.
Tu m’as dit : « Tant pis!
Entre au couvent
Ou épouse un imbécile… »
Les princes ne disent
jamais autre chose.
Mais je me suis rappelé ces paroles.
Qu’elles coulent pendant
une centaine de siècles.
Comme un manteau d’hermine
qui glisse sur l’épaule.
.
Anna Akhmatova
Martin Parr
.
dans le récit
de l’avant
les mots bouclent
toujours au même endroit
comme si
quelque chose
les empêchaient de passer
devant
ils se tiennent
là où nous avons cessé
d’être

Angelo di Genova