La faille


des nuages

crachant l’ombre

passent au-dessus

de nos tête


le jour

commence à fondre

les silhouettes se détachent

la rue rétrécit


et dans cette lumière

qui se contrarie


je ne sais plus

ce qui demeure du monde

ni ce qui en moi

lui répond

Stéphan Vanfletren

(de) Beaupré

.

il n’y a

dans la véranda

que la table où nous sommes où nous ne sommes

pas

quelque chose 

n’est plus moi quand j’écris mais je t’écris encore

.

Eric Sautou

Fergus Padel

Sans titre

.

Pas un rayon encore,

le vert sèvère des feuillages,

l’étendue du ciel pâle

et presque rien ne bouge

ni se fait entendre,

nous avons franchi la porte,

tiré les chaises et la table

devant ce paysage de l’aube

au sortir d’une nuit incertaine.

.

Paul de Roux

Zao Wou-ki

Dans la nuit

dans le fatras

obscur –


es-tu

seulement couchée ?


veille l’oiseau de proie


je prends ce silence

pour le mien –

dit l’oiseau


cherchons alors

ce qui manque

entre deux respirations

Marie Bouttier

Poème réversible



une forme

se révèle

à l’endroit blanc


apparaissent

des yeux

une bouche et ce qu’il faut

pour le souffle


j’ombre les traits


peu à peu

un visage se précise


ce front semble différent

du mien

Joseph Hofer

.

 (de) Là où sont les oiseaux

.

Jours de pluie

Derrière mes barreaux je regarde

La fin des fleurs

.

Et voici le poème

La belle écume des choses

Qui tuent

Qui luttent contre la mort

Qui aiment au galop

.

Un lieu sûr c’est

Comme prier

Les mains coupeées

.

La tempête a laissé au jardin

Ce que j’assemble ici :

Un grand vide que le cœur emplit

Mais j’entends la nuit savez-vous

J’entends la nuit qui bouge

Dans le noir

.

Véronique Wautier

R. Michael Walker

Mise en abyme


l’oiseau

au-dessus de la proie

dans l’espace du matin


un instant

leurs regards se croisent


ils sont seuls

autour

rien ne bouge


quelque chose est

déjà tombé

Laura Letinski

(de) Errer mortelle

.

Pour seules vivres

l’os du chemin

rongé par la lumière

.

pauvre est le sol

où s’use la pierre

sous les rafales  du vent

.

citernes vides

remplies d’échos

sources taries dans l’air hautain

.

le chemin n’est que poudre d’os

dans la paume de la terre

.

José-Flore Tappy

Serge Clément

Le gout du sel

un peu de sel

sur la joue

comme après la mer


je porte la main

à mon visage


la peau me tire

s’arrache au toucher


pourtant

je ne vois rien


peut-être

que le miroir ne sait pas

où regarder

Maria-Luisa Imperiali

Sole mio

.

Mes pieds

glissent

océan

agapes

la-haut, ils

les bons hommes

érigent des montagnes

c’est l’heure de sable

ça sent le parfait

jusque dans le ciel

il est temps de

poser mes falaises

au rythme

«  Un deux – moins vite,

vois commes ça chaloupe »

des vagues

.

Anne-Laure Lussou

Can Dagarslani