Alors que tout s’effondre – 1/5


le battement

à peine

d’un doigt

juste à l’endroit

de ma perte

pas un signe

pas la moindre promesse

juste un nom – le tien

et la lumière

au bord du jour qui va

se lever

Martial Raysse / Life is so complexe

(de) Les colibris à reculons


Berge du lac de l’Ouest

rouges et bleus

tabourets d’enfants en plastique

thé aux pétales de lotus

son or entre les dents noires

des femmes aux yeux cataractés

à la noix d’arec le café

les grains de sucre raclent

le gosier des hommes silencieux.


Sabine Huynh

Bertrand Delay

Par endroits



comme un tissu

que l’on déchire

le silence cède par endroits


un peu de jour passe

je ne sais pas où –

la blancheur seulement


je ferme les yeux

pour écouter ce qui me traverse


peut-être

est-ce le sang qui bat

dans mes tempes

trente Park

Insomnie


un souffle

oublié

effleure mes lèvres


je ne dors pas

je penche la tête

à peine

comme autrefois


je tends une main

l’espace ne répond pas


un long moment

mes doigts restent ouverts

la main redescend


je ne sais plus

si elle cherchait quelque chose

ou si c’était moi

Dolorès Marat

Poème de l’avant


tu te tiens

droite

face à la rivière

comme si

quelque chose

devait revenir


les arbres baignent

dans l’eau

le vent en défait

le reflet


je cherche

dans le silence

les mots que tu retiens

Caroline Dufour

(de) La clef d’or


Cette nuit le diable avait forte carrure

tenant sa proie de solitude croyait-elle


un bleu pur nous réveille


quelle ombre de toi s’est nouée à mes plis


me déprendre

délivrer tout mon dû frissonnant

je, nue, à l’ombre déployée


plus de quarante foulées dépensées

sans visible sésame


enfin la source pleure

et la forêt gorgée de nids


Sabine Dewulf

Richard Tuchman

Circonstances – 6



quelque chose

respire sous la nuit

j’ouvre l’oeil

un souffle vient mêler

l’aube au silence

puis un mot se glisse

et dans l’interstice

ton visage réapparait

Jean Paul Riopelle

Circonstances – 7


la nuit rentre

ses griffes

tu sanglotes à peine

je me tais

la cendre reste tiède

il y aura demain

des sourires blancs

et ce mensonge –

aller comme si

de rien n’était

Alberto Burri

(de) Première suite


une idée un reflet

ne plus sentir le sol


dire détours déboires coups de dés

ignorance

encore les nerfs

un coin de peau


et le geste unique

savoir pourquoi les gens vivent

trop de bouches


d’odeur spirituelle

écriture aigre


tant de virtualité

renvoie à la mort

on coupe

par réalisme


Bernard Noël

Anthony Morel

(de) Tournoiements


seule avec toi

dans le silence vert

je respirerai au plus léger

l’invisible

Du fond des eaux frémira la lumière

Je te retrouverai


Roselyne Sibille

Trente Park