(de) Première suite


une idée un reflet

ne plus sentir le sol


dire détours déboires coups de dés

ignorance

encore les nerfs

un coin de peau


et le geste unique

savoir pourquoi les gens vivent

trop de bouches


d’odeur spirituelle

écriture aigre


tant de virtualité

renvoie à la mort

on coupe

par réalisme


Bernard Noël

Anthony Morel

Circonstances – 5



le silence

à présent suinte

épais poisseux sans fond

tu es là

immobile

effigie noire couverte de cendre

je scrute dans l’ombre

une fêlure mince –

ce presque rien

par où le mot pourrait

renaitre

Toshimitsu Imai

(de) Si belle rétive


Ombre glissant dans l’ombre

chassée par l’ombre la chassant

à travers troncs branches et feuilles

tu te glisses


La plante de tes pas


Tu agites les eaux

les déploies en rouleaux frangés

qui feuillettent les terres

les étagent

déplient


de page en page


Raphaël Monticelli

Mikiya Takimoto

Circonstances – 3


même le sol

semble fléchir sous le poids

de ce qui ne peut

apparaître

chaque souffle

chaque geste -éclat dispersé

dans l’ombre épaisse

est une tentative à

 nouveau d’être

mais toi – au bord du cri

tu n’as ni mot ni phrase

pour lever les brulures

de l’au-delà

Jean Dubuffet

Circonstances – 2


chaque soir

un peu plus

le pont s’étire

sous tes pas

après une entaille rouge

ouvre le ciel tu entends –

ou peut-être pas

des voix qui appellent

ton corps s’agite

avant de rejoindre ceux

sans visage

que le feu entreprend

Asger Jorn

Circonstances – 1


le réverbère

froissant l’asphalte

la nuit hésite

à tomber

je sens tes doigts serrer

mon poignet

tu dis –

il faudrait voir

au creux des visages

ce que la lumière échoue

à faire exister

Jean Fautrier

Convoi


ce souffle ancien

celui du vent dans les hautes herbes

celui du temps que l’on nomme

dieu

les jours passent

en filigrane –

nid d’ombre et de lumière

quand nous

frêles silhouettes

marchons toujours

en suivant la trace

des oiseaux

Makoto Fukui

(de) Sans gravité


Quelqu’un quitte

et l’on retrouve par fragments

ce qui rend la scène possible chaque fois

comme une question remplie de crevasses

se renverse sur nos vies


Hélène Dorion

Serge Clément

Un jeudi



jour

sous la cendre

presque sans poids

qui passe

le temps d’un frisson

dans la lumière

du ciel

Jan Reich

Trouble



la main effleure

la poussière des ombres

aussitôt

quelque chose cède

s’efface

au moment d’apparaître

la main insiste

palpe le vide

une brèche s’ouvre

et sur la page

tremblant

un visage nait

déjà prêt à se fendre

Caroline Dufour