CICATRICE



Le fil de l’encre

qui court

réparant réparant

les bords irréguliers de plaies éparses

ainsi

le poème est cousu

dans la peau

chair vive qui fut jadis blessure


Anne Bregani

Gerard Garouste

La rumeur du soir


une fois encore

j’égrène

l’histoire inachevée


nous sommes

l’un dans l’autre

retournés –

de corps et de regard

en silence


à la lueur d’une lampe

je cherche alors

un geste –

une main même hésitante


la lumière ne rend rien

le temps est effacé

Caroline Dufour

Une mer



une mer

sourde

plus lente

avec

un long trait d’écume

sans cesse

qui revient sur

le rivage


l’air est doux

le silence observe


mon corps

retourné

prendre vaguement

les formes du poème

Valentina Luraghi

Sortilège



infrangible est

le récit où

je m’enferme chaque soir


je le connais

par cœur


même si

parfois

il manque quelques mots


comme il tient sans eux

je me dis

c’est lui qui raconte

Jason Decaires

Amarna



: qu’adviendra-t-il de l’espace

qui m’appartient quand

je n’y serai plus ?

dans l’ombre.

sur le dos.

je me souviens.

je veux oublier.

je ne suis pas plus vieille

que je ne le fus jamais : détail de mon visage

dans le miroir gravé par mes ongles :

écouter dans l’ombre.

avec quelle peine

mon cœur bat.


Mila Haugová

Emmanuelle Becker

Le jardin



ton regard

se tourne vers un carré

d’herbes hautes


quelque chose

le traverse  

mais rien n’y prend voix


et j’ai beau

à mon tour scruter

le silence


quelque chose

s’en va

dans la clarté du soir

sans que l’on sache

quoi

Michel Dheurle

Ivresse



une ombre

comme un voile tremblant

effleure

la peau des murs


les voix –

plutôt une rumeur tiède

s’enroulent

dans le halo bleu


puis

l’accoudoir chavire

sous ma tête

et je tombe à l’envers

du jour

Marchi

la fin



La fin du soleil rasoir

Le manteau d’arbres léopardés

Les lignes temporelles

Et

Un claquement de doigt.


Le village transpire

Les martinets nagent

S’étiole la compagnie.


Quand je suis devenue oiseau, je suis devenue martinet

Devant moi, vivait un peuple d’air aux sons bénéfiques

J’ai aimé disparaître, sortir du temps.


Marine Vassort

Clara Chichin et Sabatina Leccia

Troublance


un visage

attend dans le silence

de la pièce


je ne sais pas

depuis combien de temps

il est là


peut-être

depuis que j’ai cessé

de me reconnaître


il ne me demande rien


il doit se dire –

nous avons tout notre temps

Frédéric Gallier

A voix basse



à voix basse

j’écris

des mots sur un papier


ma main est lente


elle hésite


la blancheur du papier


pas même

à savoir où

poser le mot qui viendra

Fernand Desmoulin