(de) Selon les sources


Il y a longtemps

nous fumes

avec la chevelure

et le serpent.

Nous avions inventé

des fables

superposé

les promesses

célébré l’alliance

voulu peindre

l’encre et le rose


Esther Tellerman

Dominique Cahier

Avant le chemin





à force

de marcher

le pas s’ajuste

à la lumière


il devient plus léger


comme si le corps –

avant le chemin

avant les pierres


savait où il allait

Grade Salomon

La coquille



je fouille

dans l’angle mort

de la coquille


j’y trouve

une mer encore vive


un soleil blanc

sur la peau


puis des corps

sur le sable

alignés

comme après la défaite


j’ignore

ce qu’ils attendent


le vent

qui se lève

emporte les cris

des oiseaux

Francesca Woodman

Muse / 10



tes yeux

ouvrent une forêt

dans la nuit

je m’y guide

lové

dans le pli de ta voix

c’est un frisson

un feu discret

presque rien –

qu’à jamais

ainsi la lumière

ne te retienne

Lou Tsatas

EN UN LIEU POUR SE FUIR




Espace. Grande attente.

Nul ne vient. Cette ombre.

Lui donner comme ils font tous :

des significations sombres,

non effarées.

Espace. Silence ardent.

Que se donnent-elles entre elles les ombres ?


Alejandra Pizarnik

Trent Parke

(de) Ile royale



Profond dans la

roche qui

fossilise –

plus là –

le vent continue de bouger,

les orignaux poursuivent leur chemin,

les oiseaux atterrissent, et s’en vont –

nuages, brouillard, jours ensoleillés –

tout s’enfonce lentement

dans la pierre –

vient le jour et nous avons disparu

(plus visibles –

– plus durs et plus bas –)


Gary Lawless

Florence Monmare

Presque entier



la lumière

affleurant le mur

je me tourne

sur le côté


je cède

à l’absence

quelque chose revient

intègre

presque entier


je le reconnais

à ce qui lui manque


la place exacte

qui est la mienne


le corps dépouillé

dans la lumière


je dois songer

Jack Davison


La lenteur



le vent

ramène sur ma peau

le souvenir d’un jour

effacé


je ferme les yeux

j’entends la lenteur

oubliée


elle me revient

par les épaules

dans ma façon de respirer


je me laisse faire


elle finira par m’atteindre

elle sait

où me chercher

George Kamelakis

(de) Où se cache la soif


Simplement cette mare à l’odeur resserrée.


J’avance au bord des mots

jusqu’en ce petit corps à la narine large,

complice de la terre.


Voisine des racines,

la surface n’a rien du miroir.


Ce qui descend demeure.


Sabine Dewulf

Emeline Blanquet

Antoine



dans un retrait

quelques mots refluent

vers la rive


une chose

hésite


le silence

est

toujours plus lumineux

que la réponse

Jean Michel André