Je cherche un mot 2/2



ce mot

sans bord ni creux

ne dirait pas le nom des choses

il serait un passage

et sans même ouvrir les yeux

tu saurais qu’il reste

quelque chose de sain et sauf

tu lancerais alors

dans un souffle à peine –

je n’efface rien

j’habite en moi

Caroline Dufour

Je cherche un mot – 1/2



je cherche

un mot –

poreux peut-être

qui ne nierait ni la nuit

ni les murs lézardés

ni les corps encore tremblants

d’avoir aimé

ce mot serait un tesson tiède

dans la paume ouverte

il pourrait

garder la beauté de ce qui fut

sans jamais rien

commettre

Caroline Dufour

Témoignage



sur l’épaule

se pose

la main légère du temps

puis un souffle

dans l’attente muette d’un mot

d’un frisson

mais la pierre

en creux

garde encore le son de ton pas

l’œil vacille – pleurer

ou s’ouvrir

il ne tranchera pas

Harry Gruyaert

(de) Au bord


D’autres phrases plus proches que les miennes

D’autres silences mieux découpés


Civière, bras inconnus, couloir, ciel, ciel


Tellement plus de feuilles sur les arbres

La ressemblance, trace et oubli


Dans cette histoire quelqu’un lance une flèche, s’en va mourir où la flèche tombe

Ou bien c’est un souvenir de forêt, de courage


Sereine Berlottier

David Alan Harvey

L’accalmie



une pulsation

lente

quelque part

entre ciel et peau

le jour se défait

en filaments pâles

l’ombre

se laisse approcher

et comme en songe

le silence

qui s’étend

devient le cœur

du paysage

Jean Louis Saiz

(de) Au bord

Debout mais

plus grande couchée moins

atteinte tout

recommence


Curieusement les oiseaux survivent les

fleurs survivent les arbres ne sont

pas arrachés ni la toile d’araignée

dans l’angle du volet secoué


L’écume vise

l’obstination d’une parole

que la répétition

ne désagrège pas


revient

sans venir à bout d’une

phrase

qui dirait

l’épuisement

du rivage


mère-vague et tempétueuse


Sereine Berlottier

Jean Louis Saiz

Propos de l’après


dans

la blancheur

du songe

pas de mot

pas de cri

pas même

un nom qui viendrait

creuser une explication

seulement

le silence

épais

comme une main pleine

de lumière

et ce souffle –

baume

sur la plaie encore

ouverte

Pierrette Bloch

(de) Les bonbons pleurent


Avant je te disais

Je n’aime pas la perfection

mais j’aime l’absolu

J’ai vieilli et tout est devenu

flou

comme les nuits d’hiver quand on

n’ose plus s’éloigner de la lampe

de la chaise

de peur de passer le brouillard entre

les vivants et les morts


Sandra Lillo

Dolores Marat