Charles Baudelaire

Quel est celui de nous qui n’a pas, dans ses jours d’ambition, rêvé le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience.

C’est surtout de la fréquentation des villes énormes, c’est du croisement de leurs innombrables rapports que naît cet idéal obsédant. Vous-même, mon cher ami, n’avez-vous pas tenté de traduire en une chanson le cri strident du Vitrier, et d’exprimer dans une prose lyrique toutes les désolantes suggestions que ce cri envoie jusqu’aux mansardes, à travers les plus hautes brumes de la rue ?

Charles Baudelaire / Préface de Le Spleen de Paris

Image http://www.magazine-litteraire.com/

La vie de famille



le souffle

du bandonéon

et aussitôt

le pas de deux

les corps s’entrecroisent

les pieds se heurtent

on perçoit

à l’étage

les éclats de voix

les mots jetés

au visage

ces motifs

qui se répètent

à l’infini

Miro

 

Spleen

.

ni la ville

par instant

quand la porte

s’ouvre

ni la voix

cassée

de cette femme

au verso

ni le rose

épice

qui fond

dans l’assiette

ni l’or

du silence

trouvé

en chemin

tv5

(sur l’air des) barbares bodhisattava

 

Foret paisible, silencieuse, comme des brumes tissées

Montagne froide, toute la région, verte et désolée

Le crépuscule pénètre la maison élevée

Quelqu’un à l’étage, mélancolique, en vain

Attend debout sur le perron de jade

Les oiseaux passent la nuit et s’envolent, retour en hâte

Quelle sorte d’état est le trajet du retour ?

Et les refuges lointains succèdent aux gites proches…

Li PO (alias Li Taibai)

Image http://asia.library.cornell.edu/Wen/about.php

Louis Calaferte

L’homme bien portant, il ne fait pas d’art, il va à la chasse. L’homme bien portant, c’est le sauvage, le barbare. Tant que vous n’êtes pas névrosé quelque part, tintin. Une des grandes sources de l’art, c’est le onze degré. Il n’y a pas un seul écrivain qui n’était pas malade. Sauf le Victor Hugo, ce gros con. Ça m’a tellement chagriné que j’ai fini par fouillé, par gratter ; or il avait été syphilitique. Voilà le problème est réglé, il n’y a pas un cas. C’est donc que l’art est un truc de malade (rires)… Le reste du monde joue au football.

Louis Calaferte / Les Inrockuptibles – 10 ans l’album  / 1996

Image http://www.bm-lyon.fr/expo/14/calaferte/biographie.php