(de) Un privé à Tanger

 

Le trait

le pli

est toujours plus sombre

que la couleur

la plus sombre.

Dans ma  maison

La couleur et la voix

ne se touchent pas

plus que le regard ne touche

la lumière

L’obscurité n’est pas une limite.

 

Emmanuel Hocquard

shoji Ueda

 

A fleur d’eau



ombre nue

dans le noir

avance

de deux pas

ses yeux

sont étoilés

sa peau

exhale une senteur

animale

puis

de sa bouche

d’habitude

si douce et si calme

la vie s’entrouvre

avant soudain de prendre

feu

image-2 Kathleen Meier

Inversion



quand

pour rire tu t’inverses

ta tête rondit

et tes cheveux

couvrent le sol

la buée

de tes yeux quand tu vis

aux éclats

.

Georg Baselitz

Sans titre

 

Si pure

la lumière

éclabousse le monde

M’y fondre

serait vivre

enfin

dans la beauté du rien.

 

Colette GIBELIN

Alejandra Laviada

(encore) Haruki Murakami

 

« Lorsqu’on descend au fond de sa conscience, il y a des choses que l’on voit, des bruits que l’on entend, et c’est tout ce matériel qu’on rassemble pour le remonter à la surface. Une fois que l’on dispose de ces éléments, il suffit de les agencer. Moi-même je ne sais pas comment se fait ce travail, c’est mystérieux. Si on écrit dans la logique, ce n’est plus une histoire qu’on raconte, mais une suite d’affirmations. Une histoire est belle parce qu’elle n’est pas explicable. »

Haruki Murakami – in Le Monde 18.07.19

Lire l’entretien complet

 

Le rocher aux aigles

 

Derrière le verre

du terrarium

des reptiles

étrangement inertes.

 

Une femme accroche son linge

dans le silence

la mort est à l’abri du vent.

 

Mon âme glisse

dans les profondeurs su sol

aussi paisible qu’une comté

 

Thomas Transtromer

  Damien Maloney

(de) Autour

 

déjà

cela se déplace à nouveau

sans changer

c’est un autre matin

 

terriblement vite

cela use

 

restent les têtes muettes

les morts et

les bêtes

 

Antoine Emaz

Eric Schubert

Poème d’amour

 

A pierre fendre

mon amour

 

à tracer sur le sable

les contours d’une pierre

 

à graver dans la pierre

le repos de la mer

 

à pierre fendre

mon amour

 

Alain NAUD

Caster Sejersen

La Reyssouze


le nom

de ceux

à demi-nu

qui entreront

fièrement

dans l’eau claire

les cheveux

pris de lumière

les pieds

aussi pâles

que des tessons

de lune


ils riront

jusqu’au soir

malgré

les voix

au loin

qui appellent

Carlo Zinelli

Landscape



pierres

sans repère

disséminées

sur le versant


arbres

de lumière noire

aux branches

harassées


vent

sans cesse

dans l’attente

du jour dernier

 Fay Godwin