.
tu n’es pas
ce que nous sommes
ni même
ce que nous voulions être
tu n’es pas non plus
ce que désignent les mots
tes yeux sont un volcan
et tu racles ta peau jusqu’
au sang
.
Paul Klee
Ne rien tirer d’une chose.
Ne pas pouvoir sentir quelqu’un.
As-tu réponse à la mer ?
A-t-elle réponse à la mer ?
Presqu’aussitôt les yeux que tu trouves beaux
sont en quartz fumé, le quartz
qui t’aime bien part en fumée.
N’avoir rien tiré d’une chose.
Ne jamais avoir à aller nulle part.
Ne rien pouvoir oublier.
Faire rien de rien.
Hans Favery
Mais gluante de gouttes
quand la vitre
s’illumine au soleil
de vieux visages s’y accolent
dispersés jadis par la mort
aigus dans la lumière
ils nous adjurent en paroles
maintenant mises au présent des oiseaux
de les regarder
du plus près que nous pouvons
de poser nos doigts sur la fenêtre
à la place exacte de leurs bouches
pour qu’ils soient moins partis, moins défaits, sentent
cette chaleur de peau étrangère
qu’ils ne peuvent plus
caresser, embrasser.
Alors je nous sens provisoires.
Marie-Claire Bancquart
Et maintenant que je chôme,
Que l’usine est froide et rouille,
Chaque jour est un dimanche,
Je hais chaque jour,
Je veux dormir,
J’aime seulement le sommeil.
Ô l’éveil dans le dégoûtant jour.
Je pense et je crève
Et je pense que je crève.
Aujourd’hui c’est dimanche
Éternel dimanche
Au fond de la ville.
Pierre Morhange
« Je crois que l’écriture ne peut se définir en termes de bonheur ou de malheur. Peut-être en une alternance de désespoir et de contentement. Quand j’ai terminé un texte, je me dis : voilà une bonne chose de faite. J’emploie cette expression banale dans son sens le plus fort, de véritable accomplissement. Une tâche aux contours incertains était devant moi, je suis allée vers elle, je l’ai prise à bras le corps et elle est achevée. Un objet est là, un texte, qui va aller vivre ou ne pas vivre, c’est selon le lecteur, la lectrice. »
Annie Ernaux – (extrait de « Le vrai lieu »)
Tout est vanité.
une ville se vautre dedans,
relève-toi de la poussière de cette ville,
surmonte la charge,
et fais semblant
d’aller vers un bénévolat.
tiens tes promesses
devant un miroir aveugle dans l’air,
devant une porte fermée dans le vent,
les chemins abrupts du ciel ne sont pas foulés.
Ingeborg Bachmann
Il y a longtemps que je cherche à vivre ici, dans cette chambre que je fais semblant d’aimer, la table, les objets sans soucis, la fenêtre ouvrant au bout de chaque nuit d’autres verdures, et le cœur du merle bat dans le lierre sombre, partout des lueurs achèvent l’ombre vieillie.
J’accepte moi aussi de croire qu’il fait doux, que je suis chez moi, que la journée sera bonne. Il y a juste, au pied du lit, cette araignée (à cause du jardin), je ne l’ai pas assez piétinée, on dirait qu’elle travaille encore au piège qui attend mon fragile fantôme…
Philippe Jaccottet