chaque soir
un peu plus
le pont s’étire
sous tes pas
après une entaille rouge
ouvre le ciel tu entends –
ou peut-être pas
des voix qui appellent
ton corps s’agite
avant de rejoindre ceux
sans visage
que le feu entreprend

Asger Jorn
ce souffle ancien
celui du vent dans les hautes herbes
celui du temps que l’on nomme
dieu
les jours passent
en filigrane –
nid d’ombre et de lumière
quand nous
frêles silhouettes
marchons toujours
en suivant la trace
des oiseaux

Makoto Fukui
Quelqu’un quitte
et l’on retrouve par fragments
ce qui rend la scène possible chaque fois
comme une question remplie de crevasses
se renverse sur nos vies
Hélène Dorion
Serge Clément
comme
un reste tiède
à peine
qui glisse
dans la lumière
du ciel
sans rien retenir
pourtant
quelque chose
insiste

Jan Reich
s’il
convient maintenant d’ouvrir les yeux,
ce
sera comme on remonte du fond d’un lac,
brasses
lentes de la pensée,
vers
la surface enfin
où nous attend d’une seule vue
l’étrangeté
des commencements.
Patricia Castex-Menier
Marine Lanier
obstinée
la lueur s’attarde
aux façades de la maison
ouverte
un mot fuyant
s’échappe
entre mes lèvres
les murs eux
demeurent
ils veillent
sur nos ombres
muettes

Will Hooper
au sortir
de l’absence
le ciel s’ouvre plus vaste
plus profond
le vent geint
dans une langue familière
des oiseaux sans cri
sans poids
s’accrochent à l’ombre
s’y fondent
comme pour en adoucir
la chute

Le postier tchèque
Misère
comme une montagne sur nous écroulée.
Pour avoir fait pareille déchirure,
ce ne peut être un rêve simplement qui se dissipe.
L’homme, s’il n’était qu’un noeud d’air, faudrait-il, pour le dénouer, fer si tranchant ?
Bourrés de larmes, tous, le front contre ce mur, plutôt que son inconsistance, n’est-ce pas la réalité de notre vie qu’on nous apprend ?
Instruits au fouet.
Philippe Jaccottet
David Hurn
la rue silencieuse
traversée
de quelques fenêtres allumées
et dans l’arrière-cour
immobile
la neige
sans bruit qui recouvre les choses
est-ce mon regard qui suit ton pas
ou l’hiver
doucement qui vient
te chercher
