Circonstances – 2


chaque soir

un peu plus

le pont s’étire

sous tes pas

après une entaille rouge

ouvre le ciel tu entends –

ou peut-être pas

des voix qui appellent

ton corps s’agite

avant de rejoindre ceux

sans visage

que le feu entreprend

Asger Jorn

Circonstances – 1


le réverbère

froissant l’asphalte

la nuit hésite

à tomber

je sens tes doigts serrer

mon poignet

tu dis –

il faudrait voir

au creux des visages

ce que la lumière échoue

à faire exister

Jean Fautrier

Convoi


ce souffle ancien

celui du vent dans les hautes herbes

celui du temps que l’on nomme

dieu

les jours passent

en filigrane –

nid d’ombre et de lumière

quand nous

frêles silhouettes

marchons toujours

en suivant la trace

des oiseaux

Makoto Fukui

(de) Sans gravité


Quelqu’un quitte

et l’on retrouve par fragments

ce qui rend la scène possible chaque fois

comme une question remplie de crevasses

se renverse sur nos vies


Hélène Dorion

Serge Clément

(de) Chemin d’éveil


s’il

convient maintenant d’ouvrir les yeux,


ce

sera comme on remonte du fond d’un lac,


brasses

lentes de la pensée,


vers

la surface enfin

où nous attend d’une seule vue


l’étrangeté

des commencements.


Patricia Castex-Menier

Marine Lanier

La nuit le jour


obstinée

la lueur s’attarde

aux façades de la maison

ouverte

un mot fuyant

s’échappe

entre mes lèvres

les murs eux

demeurent

ils veillent

sur nos ombres

muettes

Will Hooper

Confidence


au sortir

de l’absence

le ciel s’ouvre plus vaste

plus profond

le vent geint

dans une langue familière

des oiseaux sans cri

sans poids

s’accrochent à l’ombre

s’y fondent

comme pour en adoucir

la chute

Le postier tchèque

(de) Leçons


Misère

comme une montagne sur nous écroulée.

Pour avoir fait pareille déchirure,

ce ne peut être un rêve simplement qui se dissipe.

L’homme, s’il n’était qu’un noeud d’air, faudrait-il, pour le dénouer, fer si tranchant ?

Bourrés de larmes, tous, le front contre ce mur, plutôt que son inconsistance, n’est-ce pas la réalité de notre vie qu’on nous apprend ?

Instruits au fouet.


Philippe Jaccottet

David Hurn

Seuil absolu


la rue silencieuse

traversée

de quelques fenêtres allumées

et dans l’arrière-cour

immobile

la neige

sans bruit qui recouvre les choses

est-ce mon regard qui suit ton pas

ou l’hiver

doucement qui vient

te chercher

Caroline Dufour