(de) Se recoudre à la terre



on n’en fait rien de

la neige

(toute l’épaisseur de

ce monde dans une fenêtre)

tout juste se demande-t-on

comment ce sera une fois

que tout aura fondu

si la vie sera la

même

et si c’est bien la neige

qui bloque les siens

dans le

silence


Sophie G. Lucas

Sigmar Polke

Le tesson tiède 1/3



je cherche

un mot –

poreux peut-être

qui ne nierait

ni la nuit

ni les murs lézardés

ni les corps

encore tremblant

d’avoir aimé


ce mot serait

un tesson tiède

dans ma paume

grande ouverte


il pourrait

garder la beauté

de ce qui fut

sans jamais rien

omettre

Caroline Dufour

La main sur l’épaule




une main

se pose

sur mon épaule


je sens

la pression de ses doigts

sur ma peau


elle ne pèse presque rien


je la reçois

comme si elle était

de chair

ou qu’un autre corps

était là

Harry Gruyaert

(de) Au bord


D’autres phrases plus proches que les miennes

D’autres silences mieux découpés


Civière, bras inconnus, couloir, ciel, ciel


Tellement plus de feuilles sur les arbres

La ressemblance, trace et oubli


Dans cette histoire quelqu’un lance une flèche, s’en va mourir où la flèche tombe

Ou bien c’est un souvenir de forêt, de courage


Sereine Berlottier

David Alan Harvey

(de) Au bord

Debout mais

plus grande couchée moins

atteinte tout

recommence


Curieusement les oiseaux survivent les

fleurs survivent les arbres ne sont

pas arrachés ni la toile d’araignée

dans l’angle du volet secoué


L’écume vise

l’obstination d’une parole

que la répétition

ne désagrège pas


revient

sans venir à bout d’une

phrase

qui dirait

l’épuisement

du rivage


mère-vague et tempétueuse


Sereine Berlottier

Jean Louis Saiz

Propos de l’après

dans la blancheur

du songe

le silence reprend

sa place


je marche

sans savoir où aller


derrière moi

quelque chose demeure

sans visage


comme un pas

qui ne me rejoint pas

Pierrette Bloch

(de) Les bonbons pleurent


Avant je te disais

Je n’aime pas la perfection

mais j’aime l’absolu

J’ai vieilli et tout est devenu

flou

comme les nuits d’hiver quand on

n’ose plus s’éloigner de la lampe

de la chaise

de peur de passer le brouillard entre

les vivants et les morts


Sandra Lillo

Dolores Marat