Épreuve du visage

Qui

Se tient

Derrière le pelage du monde ?

Quel visage au front nu

Se détourne des rôles

Ses yeux inversant les images

Sa bouche éconduisant les rumeurs ?

Quel visage

Veillant par-delà sa vue

Nous restitue

Visage ?

Quel visage

Surgi du fond des nôtres

Ancré dans l’argile

S’offre à l’horizon ?

 

Andrée Chedid

ImageJean Dubuffet – Vicissitudes

La voix

 

Voix toute amenuisée

qui ne se résigne pas au silence

elle n’ébrèche pas les zones

où pèsent les Puissances

elle ne distrait pas même

du froid, du mal de tête

si elle grince c’est pour elle :

dehors on ne l’entend pas

sans cesse elle parle

d’un monde à l’envers

qu’elle ne peut dire

qu’on ne voit pas.

 

Paul de Roux

Image  http://www.chiharu-shiota.com/en/

 » Je suis quelqu’un de solitaire et je suis aussi quelqu’un qui n’essaie pas d’échapper à la solitude. Je plonge silencieusement dans ma solitude et je l’accepte en conversant avec elle. Je pense qu’au final nous sommes tous solitaires. On essaie de s’exprimer, on essaie de remplir sa vie avec des activités variés, des interactions sociales, de se mettre au centre de la société, mais enfin, tout cela a pour but d’échapper à la solitude… »

Yoko Ogawa

 

http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&srid=140&ida=15652

Pour mourir

Un sou trop neuf qui roule dans l’ornière ou le soleil couchant. Maintenant, le ruisseau borde la route longue et la clarté secrète sursaute au carrefour en croix.

Les arbres étendent l’ombre. On entend que leur voix. Le feu s’éteint. Trop loin pour qu’on s’arrête. Il ne passera plus personne. La campagne est muette. Les pierres sèches. Un mur détruit. Le silence reprend. Un oiseau s’enfonce dans l’herbe pour mourir.

Pierre Reverdy

Image L’oiseau jaune – Georges Braque

 

Les chaises du ciel

 

Quand on regarde le ciel

On aperçoit distinctement un rang de chaises

Ça commence par des chaises comme un point

D’un état à peine discernable

peu à peu elles grandissent

A mesure qu’elles vont au loin elles grandissent petit à petit

Maintenant plus imposantes qu’une garde d’honneur

Ou alors figures pures et modestes

Tous du long rangées jusqu’au bout

Sur ces chaises de même forme si solidement bâties

Sur aucune d’entre elles n’est assis un homme

Nul homme ne peut s’imaginer qui conviendrait

A ces chaises.

 

Jun Takami

Image http://www.artlimited.net/image/fr/575956

 

Vertige



d’où vient

cette eau qui coule

sur mon visage


et qu’est-ce

le vent murmure

à mon oreille


allongé

sur le dos

je découvre le poids

de la pierre


la nuit

ne pèse presque

plus rien

Takashi Shuji

Paraphes

 

Je dois passer

Le seuil obscur.

Une salle.

Blanc, le document rayonne.

Bien des ombres s’y déplacent.

Tous veulent le signer.

.

Jusqu’à ce que la lumière m’eut rattrapé

et qu’elle eut replié le temps.

.

Thomas Transtromer

Image Bruce Nauman

 

 

Mourir d’aimer




allongée

sur le côté


tu grattes

les peaux mortes

de cette jambe

efflanquée


sous les doigts

quelque chose se détache


une lumière blanche

passe

entre les volets

nos ombres se sont retirées


derrière la cloison

on entend un pas feutré –


quelqu’un s’approche

sans entrer

tv5

Image Edward Hopper

Christian Boltanski

.

 » Je pense qu’il est important d’être quelque part, d’avoir simplement une histoire à soi. Ça peut être avoir un père corse et une mère auvergnate, habiter dans le XVe arrondissement. Il est  important de se connaitre, de travailler sur quelque chose qui est soi. Le rêve, c’est de parler de son village et que ce village devienne celui de tous les autres parce que c’est celui qui regarde qui fait l’oeuvre. On parle d’une chose très personnelle que l’autre s’approprie, transforme et modifie. L’avantage des images à ce niveau, c’est qu’elles sont moins précieuses que les mots : chacun peut y prendre ce qu’il veut, c’est une auberge espagnole. »

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Christian Boltanski – Les Inrockupitibles Hors série / Interviews

Imagehttp://www.grazia.fr/culture/expos/articles/boltanski-l-artiste-simple-et-mortel-793520