(de) Les colibris à reculons


Berge du lac de l’Ouest

rouges et bleus

tabourets d’enfants en plastique

thé aux pétales de lotus

son or entre les dents noires

des femmes aux yeux cataractés

à la noix d’arec le café

les grains de sucre raclent

le gosier des hommes silencieux.


Sabine Huynh

Bertrand Delay

Par endroits



le silence cède

par endroits


un peu de jour

me traverse –

la blancheur seulement


puis

des images plus

que des mots


quelque chose

semble enfin prendre

forme

trente Park

La veille au soir



un souffle

effleure le bout de

mes lèvres


pourtant

je suis seul

et je ne dors pas


je penche

un peu la tête

j’entrouvre les doigts


ma main fouille

dans le silence de la chambre

elle sait

pourtant que personne

n’entre là

Dolorès Marat

Poème de l’avant


tu te tiens

droite

face à la rivière

comme si

quelque chose

devait revenir


les arbres baignent

dans l’eau

le vent en défait

le reflet


je cherche

dans le silence

les mots que tu retiens

Caroline Dufour

(de) La clef d’or


Cette nuit le diable avait forte carrure

tenant sa proie de solitude croyait-elle


un bleu pur nous réveille


quelle ombre de toi s’est nouée à mes plis


me déprendre

délivrer tout mon dû frissonnant

je, nue, à l’ombre déployée


plus de quarante foulées dépensées

sans visible sésame


enfin la source pleure

et la forêt gorgée de nids


Sabine Dewulf

Richard Tuchman

Circonstances – 6



quelque chose

respire sous la nuit

j’ouvre l’oeil

un souffle vient mêler

l’aube au silence

puis un mot se glisse

et dans l’interstice

ton visage réapparait

Jean Paul Riopelle

Circonstances – 7


la nuit rentre

ses griffes

tu sanglotes à peine

je me tais

la cendre reste tiède

il y aura demain

des sourires blancs

et ce mensonge –

aller comme si

de rien n’était

Alberto Burri

Circonstances – 5



le silence

à présent suinte

épais poisseux sans fond

tu es là

immobile

effigie noire couverte de cendre

je scrute dans l’ombre

une fêlure mince –

ce presque rien

par où le mot pourrait

renaitre

Toshimitsu Imai

(de) Si belle rétive


Ombre glissant dans l’ombre

chassée par l’ombre la chassant

à travers troncs branches et feuilles

tu te glisses


La plante de tes pas


Tu agites les eaux

les déploies en rouleaux frangés

qui feuillettent les terres

les étagent

déplient


de page en page


Raphaël Monticelli

Mikiya Takimoto

Circonstances – 3


même le sol

semble fléchir sous le poids

de ce qui ne peut

apparaître

chaque souffle

chaque geste -éclat dispersé

dans l’ombre épaisse

est une tentative à

 nouveau d’être

mais toi – au bord du cri

tu n’as ni mot ni phrase

pour lever les brulures

de l’au-delà

Jean Dubuffet