tu arriveras
non du lieu
mais du soir
frémissante
l’instant sera
sans contour
rien ne sera dit –
le vent la poussière
même ces traces
dans le sable
tout cela sera
l’évidence

Veronique Van Hoorick
Sous la balançoire
deux sillons parallèles
tracés à coups de pieds
comme coups de dents
dans un fruit vert
la terre labourée exhale le jeu – l’envol à peine
pendule entre ciel et terre
la chanson du bois ouvre sur tant de mondes
dans le grincement des cordes
se lève la brise du large
les voyages de l’enfance
sans frontières ni langage
une planche dans le désert
source des imaginaires innocents
Ada Mondès
Alain Laboile
voyage
du souffle de la poitrine
à la mer
le temps oublie
enfin
son décompte immarcescible
et dans le vent où la langue se tord
s’incline
l’ombre
bouffie d’orgueil devine
la lumière

Bernard Drouillet
Le fil de l’encre
qui court
réparant réparant
les bords irréguliers de plaies éparses
ainsi
le poème est cousu
dans la peau
chair vive qui fut jadis blessure
Anne Bregani
Gerard Garouste
le long du soir
l’œil se mêle
à la rumeur des pierres
j’égrène les ombres lasses
les lieux
par où l’amour est passé
ma langue
a le gout de la cendre
et n’en déplaise
à ma propre écriture
je me souviens
autant du miroir
tremblé
que du visage pleurant

la mer
plus sourde
plus lente
avec un trait d’écume
sans cesse
à l’abord du rivage
l’air retient
la chaleur du jour
la main s’y accroche
comme un oiseau au ciel
le silence
du poème pour ne rien
érafler

Valentina Luraghi
Sortilège
incassable
est le récit
où je m’enferme
chaque soir
un peu plus
pluie
poussière
ce fil de lumière
quelques mots
juste assez
pour que nos yeux
dans l’eau
se troublent
sans se perdre

Jason Decaires
: qu’adviendra-t-il de l’espace
qui m’appartient quand
je n’y serai plus ?
dans l’ombre.
sur le dos.
je me souviens.
je veux oublier.
je ne suis pas plus vieille
que je ne le fus jamais : détail de mon visage
dans le miroir gravé par mes ongles :
écouter dans l’ombre.
avec quelle peine
mon cœur bat.
Mila Haugová
Emmanuelle Becker
ton visage
se détourne vers un rang
de pierres desséchées
juste en dessus
la lenteur rousse boit
la lumière du soir
je te parle – encore des mots
sans adresse
ni poids
comme si les ronces étaient
la seule conscience
du jardin

Michel Dheurle