Mars


plus bas

sous la ligne de pente

il existe un endroit

où la mer s’imagine

au regard

Après son départ

 

Doux nuages, douces collines et doux lac

 

mais toi, visage

pour ta beauté n’ont suffi l’harmonie

la clarté

et l’accord qu’entre elles

ont ces choses déjà

 

Humain regard

Qui s’est posé

et sans vouloir

et ne sais taire

 

Regarde où tous, nous,

sommes cachés – et dis son nom ;

autre est ta beauté :

 

et ainsi

sans savoir à l’instant  nous rendras

la mémoire où s’assemblent d’eux-mêmes

les instants

de douceur qui ne donnent en vain

 

Gérard Bayo

Jesse Boyd-Reid

Fin d’hiver

 

Peu de chose, rien qui chasse

l’effroi de perdre l’espace

est laissé à l’âme errante

 

Mais peut-être, plus légère

incertaine qu’elle dure,

est-elle celle qui chante

avec la voix la plus pure

les distances de la terre

 

Philippe Jacotet

Robert Ballen

 

du monde

 

tu penches la tête et passes la porte : au-delà du seuil, le monde respire

de visions, une onde impatiente qui charrie les odeurs des maisons,

humidité, rouille, cendre, essence, âges qui tournent au brun

les yeux survolent les têtes penchées sur les tables, la main sur le téléphone

on s’arrête au bar dans la matinée, le froid chante, la peau

reflète l’absence de geste

des caillots de lumière deviennent formes d’un doux sourire

enfoui

 

Maria Luisa Vezzali

Eva-Maria Berg

 

rabâcher

le poème qu’en est-il

de l’image

quand elle nage

toute trempée

se gonfle

se noie

épuisé

isolé mot

après mot

introuvable

privé de couleur

 

Eva-Maria Berg

(in la mémoire des branchies)

Une chambre à Milan

 

Peut-être je n’existe pas.

Je n’ai pas à remplir ma vie

d’objets, de trajets.

Je me souviens d’un autre à peine.

Ici il pleura, face contre terre,

ici, où je suis heure par heure,

un léger sifflement entre les balcons

et, derrière, la ville.

 

Léonardo Sinisgalli

Inge Morath & Saul Steinberg

(de) Eternité à coudre

 

Un écho       un

roman que trace

la roue   embruns

d’une lune

partage des étangs

et des chaumes.

Vous aurez été le

cœur de ce qui

n’a pas cru

je lavais votre

bouche

vous inquiétais

d’océans et

de rumeurs.

 

Esther Tellermann

Luis Tudela