Poème quantique



à revers

l’un de l’autre


nous vivons

dans la poussière des gestes

oubliés


là où

je t’appelle

le vide fait écho


là où

tu réponds

le temps se distord

sur lui-même

Christina Coral

Entendrais-tu

 

Et si tu écrivais la chambre des ombres

entendrais-tu

 

la voix que menace

son propre écho, un murmure dressé

contre le silence

s’engouffre dans la nuit

et s’étonne du vent qui écorche

la fenêtre, entendrais-tu

 

tes mots au bout de l’aube

si tu écrivais

ce qui brûle en toi ?

 

La voix halète, étouffe presque

la parole sans écho, l’amour

sans amour, le désordre

planté dans le temps

qui s’obstine jusqu’à demain.

 

Hélène Dorion

Carlo

 

Appendice


un rire traverse

le jardin


la fenêtre est ouverte


je reconnais

ta façon de rire


même si

maintenant

nous vivons

corps et voix

en lisière

Kyle Thomson

(de) L’écart qui existe

Perce un bruit de métal,

des volets qu’on tire.

Vent faible, ciel blanc démantelé.

J’aperçois la cour par les fentes,

le sapin encore haut contre le mur friable,

la pénombre, l’herbe rase.

Quelque chose encore

s’éloigne de ce que l’on sait.

Les nuée s’éventent lentement, les branches lisses.

Olivier Vossot

Olivier Debré

Mars

plus en bas

sous la ligne de pente


je connais

un endroit où la mer

s’imagine au regard


et parfois

dans le creux des pierres


un peu de bleu persiste

comme si l’eau

un jour

avait coulée ici

Après son départ

 

Doux nuages, douces collines et doux lac

 

mais toi, visage

pour ta beauté n’ont suffi l’harmonie

la clarté

et l’accord qu’entre elles

ont ces choses déjà

 

Humain regard

Qui s’est posé

et sans vouloir

et ne sais taire

 

Regarde où tous, nous,

sommes cachés – et dis son nom ;

autre est ta beauté :

 

et ainsi

sans savoir à l’instant  nous rendras

la mémoire où s’assemblent d’eux-mêmes

les instants

de douceur qui ne donnent en vain

 

Gérard Bayo

Jesse Boyd-Reid

Fin d’hiver

 

Peu de chose, rien qui chasse

l’effroi de perdre l’espace

est laissé à l’âme errante

 

Mais peut-être, plus légère

incertaine qu’elle dure,

est-elle celle qui chante

avec la voix la plus pure

les distances de la terre

 

Philippe Jacotet

Robert Ballen

 

du monde

 

tu penches la tête et passes la porte : au-delà du seuil, le monde respire

de visions, une onde impatiente qui charrie les odeurs des maisons,

humidité, rouille, cendre, essence, âges qui tournent au brun

les yeux survolent les têtes penchées sur les tables, la main sur le téléphone

on s’arrête au bar dans la matinée, le froid chante, la peau

reflète l’absence de geste

des caillots de lumière deviennent formes d’un doux sourire

enfoui

 

Maria Luisa Vezzali

Eva-Maria Berg

 

rabâcher

le poème qu’en est-il

de l’image

quand elle nage

toute trempée

se gonfle

se noie

épuisé

isolé mot

après mot

introuvable

privé de couleur

 

Eva-Maria Berg

(in la mémoire des branchies)