(de) Nature morte

.

Arbre. Ombre. Terre

sous l’ombre pour les racines.

Monogrammes enlacés.

Argile. Rangée de pierre.

.

Racines. Leurs entrelacs.

Pierre dont le propre poids

arrive à libérer de

tout ce système de nœuds.

.

Elle ne bouge pas. Impossible

De la déplacer, de l’emporter.

Ombre. Homme dans l’ombre,

comme un poisson dans la nasse.

.

Joseph Brodski

Robert Darch

Faux mouvement


le vent

disperse nos cendres

sous le ciel de septembre


une fenêtre claque

je sursaute


puis une voix

si proche

qu’elle semble venir

d’en dessous


je ne bouge pas –


la terre

se souvient sans doute

mieux que moi

Will Hooper

(de) Dormir sept ans

.

Tu as laissé ton corps

arrêté quelque part

bien des années

avant déluge,

désastre.

Mais tu fais semblant

de rire et de bouger,

quand la vie est absente

.

Jacques Izoard

Myriam Marlène Waldner

(de) Les signes sont là

.

Il me faut une assise

peu importe dans quel élément

Si je pouvais trouver en l’homme

la fibre à laquelle m’agripper

Si ma tête

était moins lourde à porter

Si le verre

aidait vraiment à oublier

Si l’amour

S’avérait enfin prophétique

.

Et si la seule assise

n’était que dans le si…

.

Abdellatif LAABI

George Byrne

De nouveau en 90

.

Ai rêvé que j’ai fait deux cent kilomètres pour rien.

Lorsque tout a grandi. Des moineaux gros comme

des poules

qui chantaient à vous crever les tympans.

Ai rêvé que je dessinais les touches d’un piano

sur la table de la cuisine. Sur lesquelles je jouais, en

silence.

Les voisins entraient pour m’écouter.

.

Thomas Transtromer

Makoto Fukui

(de) Le Temps au crible

.

C’est derrière la vitre

que tout se joue et se dévoile :

un jardin et sa haie,

un pommier presque en fleurs

et les rumeurs qui bruissent :

tout se joue et s’évanouit

comme le monde à portée de souffle

perdu dans le regard inaccessible

et pourtant si proche

.

Max Alhau

Noah Kalina

La pluie

.

Sa vieille

Âme

Grégaire


Chaque

Goutte

Tombée

Est la masse

D’une autre

Est l’abîme

D’une autre

Comme un miroir

Se regardant

A l’infini

.

Gilbert Trolliet

Skurktur

Hors champ



dans la nuit

qui m’ensonge

je porte

un visage plus lent

plus délicat

peut-être


un visage trouvé là

parmi d’autres


l’un d’eux

avait quelque chose

de moi

je m’en suis emparé


à moins

que ce soit lui qui m’ait

choisi

Margherita Chiarva

Sauf demain

.

les jours partout enquêtent sur l’incident

j’ai l’esprit tranquille

.

le cours d’eau entré au cœur de demain

me quitte, exposition à la lumière

.

je grimpe au sommet du brouillard observe

le clair de lune assailli de doutes

.

pourtant le chemin est là, inéluctable

et le fer des sabots est poème immortel

.

Bei Dao

Louise Bourgeois