Le mot magique

.

J’ai ouvert

la porte

je suis entré

je l’ai fermée

l’appartement

était vide

je savais

que personne

ne

viendrait

jusqu’au lendemain

Je me suis assis

sur le divan

j’ai

regardé autour

de moi

et ensuite j’ai dit

à voix haute :

« cheval »

.

Alberto Moravia

Ted Gordon

Ombres sourdes



dehors

l’air glacé porte

la foule

de ceux qui passent

dans les miroirs –


je sors

à peine du sommeil

je reste à l’écart


une lumière pâle

entre par la fenêtre

je la laisse faire –


faut-il beaucoup aimer

pour cela


Polina Washnington

Lésion

.

La couleur afflue à cet endroit, rouge morne.

Tout le reste du corps est sans tache,

Couleur perle

.

C’est dans une cavité de roc

Que la mer vient aspirer,

Un seul creux suffit à la concentrer tout entière.

.

De la taille d’une mouche

La marque du destin

Rampe le long de la paroi.

.

Le cœur se ferme,

La mer se retire,

Les miroirs sont voilés.

.

Sylvia Plath

Morton Bartlett

Une vie comme ça

.

l’enfant colle

son visage à la vitre

dans ses yeux


ses yeux

ont quelque chose

que je n’arrive plus à

croiser


est-ce l’eau

la lumière

la lumière dans l’eau


l’enfant s’avance–


par-dessus

les flocons commencent

à tomber

Marta skyro

(de) Nature morte

.

Arbre. Ombre. Terre

sous l’ombre pour les racines.

Monogrammes enlacés.

Argile. Rangée de pierre.

.

Racines. Leurs entrelacs.

Pierre dont le propre poids

arrive à libérer de

tout ce système de nœuds.

.

Elle ne bouge pas. Impossible

De la déplacer, de l’emporter.

Ombre. Homme dans l’ombre,

comme un poisson dans la nasse.

.

Joseph Brodski

Robert Darch

Y retourner


le vent

disperse mes cendres

sous le ciel de septembre


je marche

sans me retourner –

finalement

l’absence me devient familière

je me suis habitué


derrière moi

je vois

le chemin se défaire


je ne peux plus

y retourner

Will Hooper

(de) Dormir sept ans

.

Tu as laissé ton corps

arrêté quelque part

bien des années

avant déluge,

désastre.

Mais tu fais semblant

de rire et de bouger,

quand la vie est absente

.

Jacques Izoard

Myriam Marlène Waldner

(de) Les signes sont là

.

Il me faut une assise

peu importe dans quel élément

Si je pouvais trouver en l’homme

la fibre à laquelle m’agripper

Si ma tête

était moins lourde à porter

Si le verre

aidait vraiment à oublier

Si l’amour

S’avérait enfin prophétique

.

Et si la seule assise

n’était que dans le si…

.

Abdellatif LAABI

George Byrne

De nouveau en 90

.

Ai rêvé que j’ai fait deux cent kilomètres pour rien.

Lorsque tout a grandi. Des moineaux gros comme

des poules

qui chantaient à vous crever les tympans.

Ai rêvé que je dessinais les touches d’un piano

sur la table de la cuisine. Sur lesquelles je jouais, en

silence.

Les voisins entraient pour m’écouter.

.

Thomas Transtromer

Makoto Fukui