(de) Les bonbons pleurent


Avant je te disais

Je n’aime pas la perfection

mais j’aime l’absolu

J’ai vieilli et tout est devenu

flou

comme les nuits d’hiver quand on

n’ose plus s’éloigner de la lampe

de la chaise

de peur de passer le brouillard entre

les vivants et les morts


Sandra Lillo

Dolores Marat

Alors que tout s’effondre – 3/5


exfoliation

de jours inutiles

dans l’espace blanc

silencieux

du trop revenir

au presque rien

n’avoir foi

qu’en l’étoile –

la lumière

veilleuse du doute

seule

la bouche hésite

devant cela

Cristina Iglesias


Alors que tout s’effondre – 1/5


le battement

à peine

d’un doigt

juste à l’endroit

de ma perte

pas un signe

pas la moindre promesse

juste un nom – le tien

et la lumière

au bord du jour qui va

se lever

Martial Raysse / Life is so complexe

(de) Les colibris à reculons


Berge du lac de l’Ouest

rouges et bleus

tabourets d’enfants en plastique

thé aux pétales de lotus

son or entre les dents noires

des femmes aux yeux cataractés

à la noix d’arec le café

les grains de sucre raclent

le gosier des hommes silencieux.


Sabine Huynh

Bertrand Delay

Par endroits



le silence cède

par endroits


un peu de jour

me traverse –

la blancheur seulement


puis

des images plus

que des mots


quelque chose

semble enfin prendre

forme

trente Park

La veille au soir



un souffle

effleure le bout de

mes lèvres


pourtant

je suis seul

et je ne dors pas


je penche

un peu la tête

j’entrouvre les doigts


ma main fouille

dans le silence de la chambre

elle sait

pourtant que personne

n’entre là

Dolorès Marat

Poème de l’avant


tu te tiens

droite

face à la rivière

comme si

quelque chose

devait revenir


les arbres baignent

dans l’eau

le vent en défait

le reflet


je cherche

dans le silence

les mots que tu retiens

Caroline Dufour

(de) La clef d’or


Cette nuit le diable avait forte carrure

tenant sa proie de solitude croyait-elle


un bleu pur nous réveille


quelle ombre de toi s’est nouée à mes plis


me déprendre

délivrer tout mon dû frissonnant

je, nue, à l’ombre déployée


plus de quarante foulées dépensées

sans visible sésame


enfin la source pleure

et la forêt gorgée de nids


Sabine Dewulf

Richard Tuchman

Circonstances – 6



quelque chose

respire sous la nuit

j’ouvre l’oeil

un souffle vient mêler

l’aube au silence

puis un mot se glisse

et dans l’interstice

ton visage réapparait

Jean Paul Riopelle