Circonstances – 3


même le sol

semble fléchir sous le poids

de ce qui ne peut

apparaître

chaque souffle

chaque geste -éclat dispersé

dans l’ombre épaisse

est une tentative à

 nouveau d’être

mais toi – au bord du cri

tu n’as ni mot ni phrase

pour lever les brulures

de l’au-delà

Jean Dubuffet

Circonstances – 2


chaque soir

un peu plus

le pont s’étire

sous tes pas

après une entaille rouge

ouvre le ciel tu entends –

ou peut-être pas

des voix qui appellent

ton corps s’agite

avant de rejoindre ceux

sans visage

que le feu entreprend

Asger Jorn

(de) Courbures


du bout du regard

Le flux m’entraîne

Vers un autre

Sans le rejoindre

Et c’est moi

Pas besoin de mots

Le fleuve l’esprit le corps

Le fil de l’eau épouse la forme des questions et les dissout

Nous n’avons qu’un visage

Nous sommes le commencement et la fin

Pas besoin de nous connaître nous savons

Intimes que l’autre n’existe pas

Nous ne formons qu’un

En discontinu

Il englobe de soi à soi l’espace et le temps


Pierre Rosin

Martin Kippenberger

Circonstances – 1


le réverbère

froissant l’asphalte

la nuit hésite

à tomber

je sens tes doigts serrer

mon poignet

tu dis –

il faudrait voir

au creux des visages

ce que la lumière échoue

à faire exister

Jean Fautrier

Convoi


ce souffle ancien

celui du vent dans les hautes herbes

celui du temps que l’on nomme

dieu

les jours passent

en filigrane –

nid d’ombre et de lumière

quand nous

frêles silhouettes

marchons toujours

en suivant la trace

des oiseaux

Makoto Fukui

(de) Sans gravité


Quelqu’un quitte

et l’on retrouve par fragments

ce qui rend la scène possible chaque fois

comme une question remplie de crevasses

se renverse sur nos vies


Hélène Dorion

Serge Clément

(de) Chemin d’éveil


s’il

convient maintenant d’ouvrir les yeux,


ce

sera comme on remonte du fond d’un lac,


brasses

lentes de la pensée,


vers

la surface enfin

où nous attend d’une seule vue


l’étrangeté

des commencements.


Patricia Castex-Menier

Marine Lanier

La nuit le jour


obstinée

la lueur s’attarde

aux façades de la maison

ouverte

un mot fuyant

s’échappe

entre mes lèvres

les murs eux

demeurent

ils veillent

sur nos ombres

muettes

Will Hooper

Confidence


au sortir

de l’absence

le ciel s’ouvre plus vaste

plus profond

le vent geint

dans une langue familière

des oiseaux sans cri

sans poids

s’accrochent à l’ombre

s’y fondent

comme pour en adoucir

la chute

Le postier tchèque