Neige sur neige
Ah cette lumière de décembre,
celle de la lune claire.
. *
La mer sombre dans la nuit –
les cris des canards
vaguement blancs.
. *
Jour de l’an –
En y réfléchissant
triste comme un soir d’automne.
Basho
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
Le lieu prend le nom de la pierre
la pierre porte le nom de la montagne
à moitié chauve au loin
la pierre ne se voit pas
au-dedans de la pierre
sous elle
se cache une forme d’enfant
tenant bâton, oiseau, balle.
Je tire des histoires par la manche
« Maintenant je n’appartiens qu’au soleil ».
Moi aussi, comme toi, je
sais à présent :
« Il faut des ailes pour atteindre le proche »
Israël Eliraz
Où es-tu :
Qui ?
Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :
En deux dimensions.
Du noir tombe
Sous les ongles, comme une poussière :
Image sans épaisseur, voix sans épaisseur
La terre
Qui te frotte
Le monde
Dont plus rien ne te sépare
Sous la lampe. dans la nuit. entourée de noir. contre
la porte.
Jacques Roubaud
J’ai entendu
Un cri de coq
Dans une feuille
Que j’ai froissée.
Je me suis penché
J’ai vu que la feuille
Avait une forme de crête.
Malcom de Chazal
Len Jessome
.
Volant ainsi
Dans un ciel voilé
On finit par ne plus discerner les pays lointains
Qu’on croyait bien connaître
Par ne plus discerner les bois flottés dérivant au loin.
Leur moitié sèche
Leur moitié humide
L’une comme l’autre
On ne peut plus les distinguer.
Ni les haies vives des haies lointaines.
Ni les ciels lointains.
Ni les cœurs lointains.
Et à force
De ne plus rien distinguer,
Je me retrouve à voler
dans un miroir volé.
.
Yasumizu Toshikazu (extrait de l’oiseau)
.
Une vitre séparait le mont Altamirano
de mes mains.
Une porte tenait éloignée la salle de classe
de l’escalier qui se précipitait vers le village.
Tous désiraient participer à la classe d’espagnol :
le moineau, les pierres, le frêne et l’azur du ciel.
Mon crayon dessinait la maitresse campagnarde :
sa robe râpée, ses chaussures béantes.
J’apprenais à lire comme on apprend à être :
toi, moi, frère, l’ombre sur le mur.
.
Homero Aridjis
.
Rien de beau
des planches de la peinture
des clous de la colle
de la ficelle du papier
monsieur l’artiste
bâtit le monde
non d’atomes
mais de résidus
la foret d’ardenne
avec un parasol
la mer ionienne
avec de l’encre
il suffit
d’une mine fière
il suffit d’une main sûre
– et déjà le monde –
sur les épingles d’herbes
les crochets de fleurs
les nuages de fil de fer
étirés par le vent
Zbigniew Herbert
Tadeuz Rolke
.
Une trouée dans les nuages. Le contour
bleu des montagnes.
Le jaune sombre des champs.
La rivière noire. Que fais-je ici
seul et plein de remords ?
.
Je continue de manger distraitement
les framboises. Si j’étais mort,
ça me fait penser, je ne
les mangerais pas. Ce n’est pas si simple.
C’est aussi simple.
.
Raymond Carver
Len Jessome
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Ne sais où aller
ici ou là
singuliers tournants dénudés
suffit de courir !
tenir mes tresses de nuit tombée
pellicules et eau de Cologne
rose allumette brûlée de la cire
création sincère en sillons de cheveux
la nuit dénoue ses bagages
de blancs et noirs
arrêter de jeter son avenir
.
Alejandra Pizarnik