(de) Veillées

 

C’est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.

C’est l’ami ni ardent ni faible. L’ami.

C’est l’aimée ni tourmentante ni tourmentée. L’aimée.

L’air et le monde point cherchés. La vie.

– Était-ce donc ceci ?

– Et le rêve fraîchit.

 

Arthur Rimbaud

Antoine Henault

 

Grille

 

Derrière les barreaux

on entrevoit

une figure en attente

Une jeune fille

un écolier

un prisonnier

Subrepticement

à la nuit tombante

lui faire passer

une lettre

une plume de geai

la clef des champs

 

Michel Butor

Nirav Patel

 

(de) Au bord de l’infini

 

Des pinces à linge

En situation périlleuse

Retenant une robe si parfaite

Dans son contentement suspendu

Des draps blancs maculés

Des seaux d’eau sale

Une femme balaie le vent

Un jour idéal

Pour laver

La mémoire

 

Carolyn Carlson

Natsumi Hayashi

 

 

de « Parenthèses de la lumière »

 

Puis-je entrer

des êtres regardant le champ
comme des hommes : blé, vent

& la soie rouge des pensées
A perte de vie

(Pour chaque corolle)
Un espace se disjoint

Silence sur tes yeux
sur le front du hasard

je tresse une couronne de
coquelicots

avec un seul fil : blé, vent
qui s’engouffre à l’infini

 

Sophie Bressart

Francis Palanc

 

 

Mots

 

« Je te perdrai comme on perd un clair

jour de fête : – je le disais à l’ombre

que tu étais dans le vide de la pièce – attentive,

ma mémoire te chercha en ces années

florissantes, un nom, une apparence : pourtant,

tu te dissiperas et ce sera toujours l’oubli

de nous dans le monde. »

.                                            Tu regardais le jour,

évanoui dans le crépuscule, je parlais

de la paix infinie que le soir

étend sur les fleuves à la campagne.

 

Alfonso Gatto

David Roth

(de) Être en temps de guerre

 

 » Ne rien dire, rien faire, marquer un temps d’arrêt, ployer, se redresser, se faire un reproche, être debout, aller à la fenêtre, dans le mouvement changer d’avis, retourner à sa chaise, encore être debout, aller à la salle de bain, fermer la porte, ouvrir ensuite la porte, aller à la cuisine, ni manger ni boire, retourner à la table, être lasse, tenter quelques pas sur le tapis, se rapprocher de la cheminée, la regarder, la trouver terne, tourner à gauche jusqu’à la porte principale, revenir à la pièce, hésiter, continuer, juste un peu, un brin, s’arrêter, tirer le côté droit du rideau, puis l’autre côté, regarder le mur. » –

Etel Adnan

Olivia Arthur

 

 

(de) Poésies

 

Ne rien tirer d’une chose.

Ne pas pouvoir sentir quelqu’un.

As-tu réponse à la mer ?

A-t-elle réponse à la mer ?

 

Presqu’aussitôt les yeux que tu trouves beaux

sont en quartz fumé, le quartz

qui t’aime bien part en fumée.

 

N’avoir rien tiré d’une chose.

 

Ne jamais avoir à aller nulle part.

Ne rien pouvoir oublier.

Faire rien de rien.

 

Hans Favery

Tema Stauffer

 

 

 

 

 

(de) Le ciel brûle

 

La vie n’est pas bruit ni orage,

Elle est ainsi : il neige,

La maison est éclairée,

Quelqu’un s’approche.

Lentement, la sonnerie étincelle,

Il entre. Lève les yeux.

Pas un bruit.

Les icônes flambent.

 

Marina Tsvétaieva

Petya Shalamanova

(de) Toute minute est première

 

Mais gluante de gouttes

quand la vitre

s’illumine au soleil

 

de vieux visages s’y accolent

dispersés jadis par la mort

 

aigus dans la lumière

ils nous adjurent en paroles

maintenant mises au présent des oiseaux

de les regarder

du plus près que nous pouvons

de poser nos doigts sur la fenêtre

à la place exacte de leurs bouches

pour qu’ils soient moins partis, moins défaits, sentent

cette chaleur de peau étrangère

qu’ils ne peuvent plus

caresser, embrasser.

Alors je nous sens provisoires.

 

Marie-Claire Bancquart

 

(de) Le dimanche

 

Et maintenant que je chôme,

Que l’usine est froide et rouille,

Chaque jour est un dimanche,

Je hais chaque jour,

Je veux dormir,

J’aime seulement le sommeil.

Ô l’éveil dans le dégoûtant jour.

Je pense et je crève

Et je pense que je crève.

Aujourd’hui c’est dimanche

Éternel dimanche

Au fond de la ville.

 

Pierre Morhange

Francis Bacon