Des pinces à linge
En situation périlleuse
Retenant une robe si parfaite
Dans son contentement suspendu
Des draps blancs maculés
Des seaux d’eau sale
Une femme balaie le vent
Un jour idéal
Pour laver
La mémoire
Carolyn Carlson
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
Puis-je entrer
des êtres regardant le champ
comme des hommes : blé, vent
& la soie rouge des pensées
A perte de vie
(Pour chaque corolle)
Un espace se disjoint
Silence sur tes yeux
sur le front du hasard
je tresse une couronne de
coquelicots
avec un seul fil : blé, vent
qui s’engouffre à l’infini
Sophie Bressart
« Je te perdrai comme on perd un clair
jour de fête : – je le disais à l’ombre
que tu étais dans le vide de la pièce – attentive,
ma mémoire te chercha en ces années
florissantes, un nom, une apparence : pourtant,
tu te dissiperas et ce sera toujours l’oubli
de nous dans le monde. »
. Tu regardais le jour,
évanoui dans le crépuscule, je parlais
de la paix infinie que le soir
étend sur les fleuves à la campagne.
Alfonso Gatto
» Ne rien dire, rien faire, marquer un temps d’arrêt, ployer, se redresser, se faire un reproche, être debout, aller à la fenêtre, dans le mouvement changer d’avis, retourner à sa chaise, encore être debout, aller à la salle de bain, fermer la porte, ouvrir ensuite la porte, aller à la cuisine, ni manger ni boire, retourner à la table, être lasse, tenter quelques pas sur le tapis, se rapprocher de la cheminée, la regarder, la trouver terne, tourner à gauche jusqu’à la porte principale, revenir à la pièce, hésiter, continuer, juste un peu, un brin, s’arrêter, tirer le côté droit du rideau, puis l’autre côté, regarder le mur. » –
Etel Adnan
Ne rien tirer d’une chose.
Ne pas pouvoir sentir quelqu’un.
As-tu réponse à la mer ?
A-t-elle réponse à la mer ?
Presqu’aussitôt les yeux que tu trouves beaux
sont en quartz fumé, le quartz
qui t’aime bien part en fumée.
N’avoir rien tiré d’une chose.
Ne jamais avoir à aller nulle part.
Ne rien pouvoir oublier.
Faire rien de rien.
Hans Favery
Mais gluante de gouttes
quand la vitre
s’illumine au soleil
de vieux visages s’y accolent
dispersés jadis par la mort
aigus dans la lumière
ils nous adjurent en paroles
maintenant mises au présent des oiseaux
de les regarder
du plus près que nous pouvons
de poser nos doigts sur la fenêtre
à la place exacte de leurs bouches
pour qu’ils soient moins partis, moins défaits, sentent
cette chaleur de peau étrangère
qu’ils ne peuvent plus
caresser, embrasser.
Alors je nous sens provisoires.
Marie-Claire Bancquart
Et maintenant que je chôme,
Que l’usine est froide et rouille,
Chaque jour est un dimanche,
Je hais chaque jour,
Je veux dormir,
J’aime seulement le sommeil.
Ô l’éveil dans le dégoûtant jour.
Je pense et je crève
Et je pense que je crève.
Aujourd’hui c’est dimanche
Éternel dimanche
Au fond de la ville.
Pierre Morhange
Tout est vanité.
une ville se vautre dedans,
relève-toi de la poussière de cette ville,
surmonte la charge,
et fais semblant
d’aller vers un bénévolat.
tiens tes promesses
devant un miroir aveugle dans l’air,
devant une porte fermée dans le vent,
les chemins abrupts du ciel ne sont pas foulés.
Ingeborg Bachmann