Andrée Chédid

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« Au fond, qu’est-ce que la poésie sinon l’interrogation sur les choses décisives de la vie, l’amour, la mort ? Je crois que j’ai écrit des romans pour essayer de dire ce que je fais en poésie ! [Rires.] Les gens s’imaginent que la poésie c’est obscur, un truc éthéré, un machin qui virevolte dans l’air. Alors qu’elle touche à l’essence de l’homme. Écrire un poème, c’est prendre la vie à bras-le-corps, en tirer tout le vif. Le vif de la vie c’est aussi accepter la mort. »

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Andrée ChédidTélérama, octobre 2000

(de) Lettres à un jeune poète

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« Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre quotidien : dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu’elle soit. Dites tout cela avec une sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs (…) Tâchez de ramener à la surface les sensations englouties de votre passé ; votre personnalité s’en trouvera affermie, votre solitude s’amplifiera, elle deviendra une demeure de pénombre qu’épargneront le bruit des autres. Et si de ce retour au plus profond de vous même, de cette plongée dans votre propre monde naissent des « vers », vous n’aurez plus l’idée de demander à quelqu’un si ces « vers » sont bons.  »

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Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète

Pierre Reverdy

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 » Il n’y a pas de mots plus poétiques que d’autres. Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore – pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots quand ils atteignent l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tritesse ou la joie.

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Pierre Reverdy in « Cette émotion appelée poésie » (1950)

 

 

 

 

Georges Emmanuel Clancier

« Entendre la poésie comme un salut. Sauver sa vie là où se devinent des frontières : l’une tendant à la nuit, l’autre à quelque matin où le temps se fait cristal – ce sont deux faces d’un même feuillage.

Sauver sa vie. Et ce salut par la poésie serait-il signe ou accueil pour mes inconnus?

Des visages viennent d’abord. Le souvenir amène toute chose à la dignité du visage. »

Georges Emmanuel Clancier

Simone Weil

« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »

Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »

Paul Claudel

« La poésie est l’effet d’un certain besoin de faire, de réaliser avec les mots l’idée que l’on a eu de quelque chose. Il faut donc que l’imagination ait une idée vive et forte, quoique d’abord imparfaite et confuse, de l’objet qu’elle se propose de réaliser. Il faut en plus que notre sensibilité ait été placée à l’égard de cet objet dans un état de désir, que notre activité ait été provoquée par mille touches éparses et qu’elle soit pour ainsi dire, mise en demeure de répondre à l’impression par l’expression. »

Paul Claudel – Réflexions sur la poésie

Thomas Stearns eliot

 

Me voici donc à mi-chemin, ayant eu vingt années

– en gros vingt années gaspillées, les années de l’entre-deux guerres –

Pour essayer d’apprendre à me servir des mots et chaque essai

Est un départ entièrement neuf, une différente espèce d’échec

Parce que l’on apprend à maitriser les mots

Que pour les choses que l’on a plus à dire, ou la manière

Dont on a plus envie de dire. Et c’est pourquoi chaque tentative

Est un nouveau commencement, un raid dans l’inarticulé

Avec un équipement miteux  qui sans cesse se détériore

Parmi le fouillis général de l’impression du sentir,

Les escouades indisciplinées de l’émotion. (…)

 

Thomas Stearns Eliot – extrait de Quatre quatuors

 » Je suis quelqu’un de solitaire et je suis aussi quelqu’un qui n’essaie pas d’échapper à la solitude. Je plonge silencieusement dans ma solitude et je l’accepte en conversant avec elle. Je pense qu’au final nous sommes tous solitaires. On essaie de s’exprimer, on essaie de remplir sa vie avec des activités variés, des interactions sociales, de se mettre au centre de la société, mais enfin, tout cela a pour but d’échapper à la solitude… »

Yoko Ogawa

 

http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&srid=140&ida=15652

Yves Bonnefoy

« Écrire, en poésie, disons plutôt en direction de la poésie, c’est assurément tenter de forcer sa voie vers l’immédiat dans la chose, vers ce que j’appelle la présence, et cela prend et reprend sans cesse, ou devrait sans cesse reprendre, l’aspect d’une sorte de théologie négative : celle-ci est la déconstruction des représentations dont sont faites nos idées du monde et des autres, conceptuelles et donc abstraites et réductrices. Ce négatif est le début de la poésie et quand quelqu’un est parvenu en ce point, réellement, c’est parce que depuis un moment déjà, il a fait de ce travail sa grande entreprise, abandonnant les affirmations naïves de son lyrisme d’adolescent pour entrer ainsi dans les mots par en dessous du réseau de leur signification, au risque d’ailleurs de ne rien dire au sens habituel du mot dire ».

Yves Bonnefoy – in « L’inachevable ».

Christian Boltanski

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 » Je pense qu’il est important d’être quelque part, d’avoir simplement une histoire à soi. Ça peut être avoir un père corse et une mère auvergnate, habiter dans le XVe arrondissement. Il est  important de se connaitre, de travailler sur quelque chose qui est soi. Le rêve, c’est de parler de son village et que ce village devienne celui de tous les autres parce que c’est celui qui regarde qui fait l’oeuvre. On parle d’une chose très personnelle que l’autre s’approprie, transforme et modifie. L’avantage des images à ce niveau, c’est qu’elles sont moins précieuses que les mots : chacun peut y prendre ce qu’il veut, c’est une auberge espagnole. »

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Christian Boltanski – Les Inrockupitibles Hors série / Interviews

Imagehttp://www.grazia.fr/culture/expos/articles/boltanski-l-artiste-simple-et-mortel-793520