Anise Koltz

 

« Dès que j’écris une phrase, je suis désorientée et embarrassée, déjà j’ai envie de la rejeter pour dire dans la suivante le contraire. C’est que j’ai toujours l’impression que l’essentiel m’échappe. La double face, le coté caché des choses.

D’autant plus que la poésie doit témoigner du mouvement de notre époque.

Or jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu siècle plus barbare que le notre. Et les horreurs continuent et se multiplient dans tous les coins du monde. Nous sommes impuissants face à tant de misère, de corruption et de manipulation. Faut-il passer devant les drames qui ont lieu, les yeux fermés de peur d’être soi-même broyés par la violence ?

Le poète doit donc aussi prendre positon face au monde qui l’entoure.

Finis fleurs et petits oiseaux, Dieu est mort. »

Anise Koltz – in Somnambule du jour

 

Raymond Queneau

 

Ce soir

si j’écrivais un poème

pour la postérité ?

fichtre

la belle idée

je me sens sûr de moi

j’y vas

et

à

la

postérité

j’y dis merde et remerde

et reremerde

drôlement feintée

la postérité

qui attendait son poème

ah mais.

 

Raymond Queneau

 

 

Emmanuel Carrère

« Plus j’aboutis à quelque chose d’éloigné de mon point de départ, plus je me dis que ça valait le coup d’y aller. Il y a ceux qui tiennent à faire ce qu’ils ont voulu faire, et ceux qui espèrent faire quelque chose qu’ils n’avaient pas voulu faire. Que ce soit en écrivant de livres ou des films, tout le processus pour moi, est d’attendre de l’inattendu, d’espérer de l’inespéré. »   Emmanuel Carrère

André Velter

 

«  Avant de savoir si j’apprécie ou pas le texte que j’ai sous les yeux, j’aime à ce qu’il ne ressemble à rien de connu. Dès qu’un référent se superpose ou reste en filigrane, la lecture perd beaucoup de son intérêt pour moi. On peut bien sûr déceler dans un poème des résonances, des résurgences, des influences, mais ce qui est vraiment décisif, ce sont les sonorités inédites, les alliages de sons et de sens qui n’avaient pas encore été tentés, risqués, expérimentés. » – André Velter

(de) Le parti pris des choses

 

« Qu’on s’en persuade : il nous a fallu quelques raisons impérieuses pour devenir ou pour rester des poètes. Notre premier mobile fut sans doute le dégoût de ce qui nous oblige à penser et à dire, de ce à quoi notre nature d’homme nous force à prendre part.

Honteux de l’arrangement tel qu’il est des choses, honteux de ces grossiers camions qui passent en nous, de ces usines, manufactures, magasins, théâtres, monuments publics qui constituent bien plus que le décor de notre vie, honteux de cette agitation sordide des hommes non seulement autour de nous, nous avons observé que la Nature autrement puissante que les hommes fait dix fois moins de bruit, et que la nature dans l’homme, je veux dire la raison n’en fait pas du tout. »

Francis Ponge

 

(de) Paterson

 

Le feu brûle ; c’est la première loi.

Quand le vent l’attise, ses flammes

 

s’étendent autour. La parole

attise les flammes. Tout a été combiné

 

pour qu’écrire vous

consume, et pas seulement de l’intérieur.

 

En soi, écrire n’est rien , se mettre

en condition d’écrire ( c’est là

 

qu’on est possédé) équivaut à résoudre  90 %

du problème : par la séduction

 

ou la force des bras. L’écriture

devrait nous libérer, nous

 

libérer de ce qui, tandis

que nous progressons, devient un feu,

 

un feu destructeur. Car l’écriture

vous agresse aussi, et il faut

 

trouver le moyen de la neutraliser – si possible

à la racine.  C’est pourquoi,

 

pour écrire, faut-il avant tout (à 90 %)

vivre.

 

William Carlos William

 

Jacques Izoard

 

« Le poème conduit, confusément, vers ce que l’on est.  Mais que d’échecs, que de chemins battus sans issue ! Nos mots les plus simples bougent, pourtant : vois le geste de l’a, le geste du b. Ainsi court la phrase, ainsi s’accroche-t-elle au papier. Pour tous, la poésie regorge de mots. A travers elle, nous sommes sains et saufs. Mais vit toujours la ville et ceux qui vivent ici, ceux qui disent « muscat », « coups pleuvent », « courants d’air ». »

Jacques Izoard (de « Vêtus, dévêtus, nus : poèmes »)

 

Aux amis inconnus

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« La poésie est seule et elle ne vit vraiment que par les yeux des amis inconnus (comme l’écrivait Supervielle), ces lecteurs qui entrent soudain en sympathie avec un univers ou une simple phrase susceptibles d’ouvrir des portes, de débusquer une pulsion, de faire de l’ici un ailleurs (et vice versa). Les amis inconnus constituent le véritable pouvoir de la poésie.  » / Daniel Leuwers (extrait de La Place du poème)

 

 

 

Léonard Cohen

 

 » Chaque poème qui vous touche est comme un appel qui nécessite une réponse. On veut y répondre avec sa propre histoire. Les romans avaient tendance à me rendre silencieux : vous vivez avec un roman pendant tout un moment , vous devenez vous-même le roman. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de répondre à un roman. Mais dans les poèmes, cette distillation du langage, cette espèce de rapidité et d’agilité coïncidait avec quelque chose de ma propre nature, de mon esprit.  »

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Léonard Cohen (in « Les Inrocks, 10 ans, l’album »)

 

Jim Jarmusch

« Je suis très attaché à l’idée que nous ne parlions pas tous la même langue. Non pas pour des questions d’appartenance ou d’enracinement, mais pour la richesse qui en découle. Quand j’étais étudiant à Paris, je me souviens avoir demandé à un ami de me traduire les poèmes de Mallarmé, et la version qu’il en donnait était délirante. Les images changeaient. Il trouvait des équivalences bizarres et ça créait une langue magnifique. C’est ce que j’aime dans la poésie : elle est difficilement traduisible. »

Jim JarmuschEntretien avec Laurent Rigoulet