CONGERE TA PAROLE



Tu l’as laissée

rider par le vent

qui ensable.


Montagne désormais dans le pré.


Parfois

le vent s’ébruite

à son propos. Il ne sourd

que pour toi.


(On ne dit qu’au matin les pêchers d’avril

pleurent des étincelles de froid.


Il se peut.


Danièle Faugeras

Première personne du singulier



des ailes défiant les secondes

volent dans mon jardin

pour le doux nectar

et l’air vif 

du chèvrefeuille taillé

lune basse et hautaine

de ce dernier jour d’août

première personne, singulier –

un amour non partagé


Elis Podnar

Viet Ha Tran

Soupçons

.

Embusquées à l’angle de l’aube
l’anxiété de ne pas te hisser
                    à hauteur de poème
la tentation du repli
        du lâche renoncement

Par effraction
        la lumière s’insinue
                au travers des persiennes
le crayon du soleil
                    déjà entre tes doigts

S’accorder
    à la croissance de la clarté
            sa vigueur intacte
avec les roses
te livrer au matin innocent

Sans jamais ignorer ni taire
        l’intarissable rumeur du monde
appels vociférations détresses et agonies
                poésie debout
                    sentinelle

.

Colette Nys-Mazure

Charlie Bobo

Hélène Dorion

.

« J’ai compris que, si je m’engageais pour la vie dans ce chemin qu’était l’écriture, il ne s’agirait pas seulement de “faire des livres”, l’un après l’autre, mais que ce serait une manière d’apprendre à vivre, à être, à aimer – pour le dire banalement, mais sincèrement : à devenir un meilleur être humain –

Hélène Dorion

MA POESIE

 .

n’explique rien

n’éclaire rien

ne renonce à rien

n’embrasse pas tout

n’exauce aucun espoir

 .

elle ne fonde pas

de nouvelles règles du jeu

ne prend point part aux enchères

elle a un espace défini

qu’il lui faut remplir

 .

si elle n’est point

discours ésotérique

si son langage manque d’originalité

si elle n’étonne point

c’est que c’est bien ainsi

.

elle obéit à sa nécessité propre

a ses propres possibilités

a ses propres limites

dans la partie en jeu

elle part perdante

.

elle ne supplante jamais une autre poésie

ne saurait être remplacée par une autre

ouverte à tout le monde

dépourvue de mystère

.

elle affronte des tâches mutiples

qu’elle n’accomplira jamais

.

Tadeusz Rozewicz

(de) Poteaux d’angle

.

Il faut un obstacle nouveau pour un savoir nouveau. Veille périodiquement à te susciter des obstacles, obstacles pour lesquels tu vas devoir trouver une parade… et une nouvelle intelligence.

Henri Michaux (texte et image)

(de) Au risque de l’inconnu

.

Au risque d’écrire à un(e) presque inconnu(e)

une lettre d’amour à partir d’un presque rien

qui vous a traversé

dans une fulgurance inconnue

de vous jusqu’alors.


Anne Dufourmantelle

Eva-Maria Berg

 

rabâcher

le poème qu’en est-il

de l’image

quand elle nage

toute trempée

se gonfle

se noie

épuisé

isolé mot

après mot

introuvable

privé de couleur

 

Eva-Maria Berg

(in la mémoire des branchies)

L’art

 

d’écrire des poèmes, disons,

n’est pas une histoire de réussite personnelle

cette surprise

 

Sur le chemin du travail

deux papillons blancs

& du trèfle le long des trottoirs

 

de demander

de vouloir en tirer autant.

 

Paul Blackburn

 

(de) Le vrai lieu

 

« Je crois que l’écriture ne peut se définir en termes de bonheur ou de malheur. Peut-être en une alternance de désespoir et de contentement. Quand j’ai terminé un texte, je me dis : voilà une bonne chose de faite. J’emploie cette expression banale dans son sens le plus fort, de véritable accomplissement. Une tâche aux contours incertains était devant moi, je suis allée vers elle, je l’ai prise à bras le corps et elle est achevée. Un objet est là, un texte, qui va aller vivre ou ne pas vivre, c’est selon le lecteur, la lectrice. »

Annie Ernaux – (extrait de « Le vrai lieu »)