obstinée
la lueur s’attarde
aux façades de la maison
ouverte
un mot fuyant
s’échappe
entre mes lèvres
les murs eux
demeurent
ils veillent
sur nos ombres
muettes

Will Hooper
morceau d’une chose qui a été déchirée
obstinée
la lueur s’attarde
aux façades de la maison
ouverte
un mot fuyant
s’échappe
entre mes lèvres
les murs eux
demeurent
ils veillent
sur nos ombres
muettes

Will Hooper
au sortir
de l’absence
le ciel s’ouvre plus vaste
plus profond
le vent geint
dans une langue familière
des oiseaux sans cri
sans poids
s’accrochent à l’ombre
s’y fondent
comme pour en adoucir
la chute

Le postier tchèque
la rue silencieuse
traversée
de quelques fenêtres allumées
et dans l’arrière-cour
immobile
la neige
sans bruit qui recouvre les choses
est-ce mon regard qui suit ton pas
ou l’hiver
doucement qui vient
te chercher

je me demande
combien de silences
il faut
pour que ton absence
se taise enfin
les ombres les arbres la pluie
le vent
me frôlent
mais le ciel est trop haut
pour y graver
le moindre nom

Dominique Hérion
c’est un espace
sans bord
sans fin
où des poignées de mots instables
jonchent le sol
un chemin de pas
hésitant
serpente entre l’oubli
et la joie
la lumière y est douce
le vent léger chasse au loin
les ombres
le sais-tu ?
suspendu à l’élan
je pourrais à jamais
vivre là

Olivier Debré
ces oiseaux
aux ailes trop larges
laissent derrière eux
des plumes noires
d’effroi
ils nous effleurent
en silence
leurs ombres légères
glissent sur nos fronts
et au matin
dans un ciel lavé
de toute empreinte
on goute alors
au frisson –
ont-ils seulement
existé

Davis Hurn
le silence
pesant
je tourne les yeux
vers l’horizon
assez haut
pour y chercher
un souffle
ô rien de grandiose
juste l’amorce
d’un chemin
même fragile
une trouée
peut-être
au creux des pierres

Alberto Giacometti
dans un songe
à peine
une poire
longue bleue
immobile presque
tourne autour d’un soleil
sans feu
tout au-dedans semble
vibrer – des voix peut-être
je ne ris pas
je regarde
ce fruit suspendu
quelqu’un l’a mis là
je ne sais
ni quand
ni comment
nous sortir
de cette image

châteaux
de fer et nuits d’orage
artifices détrempés
esprits –
pareillement au songe
aliénés
sable poussière
nid de poussières
mots écornés
quoi d’autre
encore
l’aube est silence
d’un conduit de fumée
les mot rougis d’une existence
passée
la peur
l’ambigüité – suis-je bien
celui que tu as aimé
?

Kati Dovelos