Muse / 10



tes yeux

ouvrent une forêt

dans la nuit

je m’y guide

lové

dans le pli de ta voix

c’est un frisson

un feu discret

presque rien –

qu’à jamais

ainsi la lumière

ne te retienne

Lou Tsatas

EN UN LIEU POUR SE FUIR




Espace. Grande attente.

Nul ne vient. Cette ombre.

Lui donner comme ils font tous :

des significations sombres,

non effarées.

Espace. Silence ardent.

Que se donnent-elles entre elles les ombres ?


Alejandra Pizarnik

Trent Parke

(de) Ile royale



Profond dans la

roche qui

fossilise –

plus là –

le vent continue de bouger,

les orignaux poursuivent leur chemin,

les oiseaux atterrissent, et s’en vont –

nuages, brouillard, jours ensoleillés –

tout s’enfonce lentement

dans la pierre –

vient le jour et nous avons disparu

(plus visibles –

– plus durs et plus bas –)


Gary Lawless

Florence Monmare

Presque entier



la lumière

affleurant

le mur

je me tourne sur le côté


je cède

à l’absence


le bruit de la rue

revient –

je dois songer  


maintenant

tout est là

sous mes yeux


intègre

presque entier


dans la cour

une fenêtre s’éclaire

un oiseau passe

et disparaît

Jack Davison


La lenteur



le vent ramène

sur ma peau

quelque chose d’un jour

effacé


je ferme les yeux

j’entends la lenteur

oubliée


elle me revient

par les épaules

dans la façon de respirer


je ne cherche rien

je me laisse faire

elle finira par m’atteindre


elle sait où me trouver

George Kamelakis

(de) Où se cache la soif


Simplement cette mare à l’odeur resserrée.


J’avance au bord des mots

jusqu’en ce petit corps à la narine large,

complice de la terre.


Voisine des racines,

la surface n’a rien du miroir.


Ce qui descend demeure.


Sabine Dewulf

Emeline Blanquet

Antoine



dans un retrait

quelques mots refluent

vers la rive


une chose

hésite


le silence

est

toujours plus lumineux

que la réponse

Jean Michel André

Muse / 9


peut-être

n’es-tu

qu’une ombre passante

sans dû

ni promesse

un court instant

posé

sur un rêve d’eau

peut-être –

sans même le savoir

es-tu déjà

rendue

au jour qui attend

de renaitre

Francesca Woodman

Le même ciel



le cœur

ne serre plus

dans la poitrine

l’air passe comme si

rien n’était arrivé


autour

les arbres

recommencent à bouger

le vent fait chanter

les feuilles


au loin

un oiseau crie


est-ce

encore le même ciel

qui s’ouvre à mes yeux

Bruno Fert

Où es-tu ?


Où es-tu :

Qui ?

Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :

En deux dimensions

Du noir tombe

Sous les angles. comme une poussière :

Image sans épaisseur voix sans épaisseur

La terre

qui te frotte

Le monde

dont plus rien ne te sépare

Sous la lampe, dans la nuit, entoure de noir, contre la

porte.


Jacques Roubaud

Elsa et Johanna