EN UN LIEU POUR SE FUIR




Espace. Grande attente.

Nul ne vient. Cette ombre.

Lui donner comme ils font tous :

des significations sombres,

non effarées.

Espace. Silence ardent.

Que se donnent-elles entre elles les ombres ?


Alejandra Pizarnik

Trent Parke

(de) Ile royale



Profond dans la

roche qui

fossilise –

plus là –

le vent continue de bouger,

les orignaux poursuivent leur chemin,

les oiseaux atterrissent, et s’en vont –

nuages, brouillard, jours ensoleillés –

tout s’enfonce lentement

dans la pierre –

vient le jour et nous avons disparu

(plus visibles –

– plus durs et plus bas –)


Gary Lawless

Florence Monmare

Presque entier



la lumière

affleurant le mur

je me tourne

sur le côté


je cède

à l’absence

quelque chose revient

intègre

presque entier


je le reconnais

à ce qui lui manque


la place exacte

qui est la mienne


le corps dépouillé

dans la lumière


je dois songer

Jack Davison


La lenteur



le vent

ramène sur ma peau

le souvenir d’un jour

effacé


je ferme les yeux

j’entends la lenteur

oubliée


elle me revient

par les épaules

dans ma façon de respirer


je me laisse faire


elle finira par m’atteindre

elle sait

où me chercher

George Kamelakis

(de) Où se cache la soif


Simplement cette mare à l’odeur resserrée.


J’avance au bord des mots

jusqu’en ce petit corps à la narine large,

complice de la terre.


Voisine des racines,

la surface n’a rien du miroir.


Ce qui descend demeure.


Sabine Dewulf

Emeline Blanquet

Antoine



dans un retrait

quelques mots refluent

vers la rive


une chose

hésite


le silence

est

toujours plus lumineux

que la réponse

Jean Michel André

Muse / 9


peut-être

n’es-tu

qu’une ombre passante

sans dû

ni promesse

un court instant

posé

sur un rêve d’eau

peut-être –

sans même le savoir

es-tu déjà

rendue

au jour qui attend

de renaitre

Francesca Woodman

L’autre ciel



les arbres

recommencent

à bouger


un vent flottant

se lève


les feuilles

hésitent entre l’ombre

et la lumière


le froid

allonge le pas


bientôt

nous aurons à vivre

sous un autre ciel



Bruno Fert

Où es-tu ?


Où es-tu :

Qui ?

Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :

En deux dimensions

Du noir tombe

Sous les angles. comme une poussière :

Image sans épaisseur voix sans épaisseur

La terre

qui te frotte

Le monde

dont plus rien ne te sépare

Sous la lampe, dans la nuit, entoure de noir, contre la

porte.


Jacques Roubaud

Elsa et Johanna

A ras le jour




sur un chemin

peu frayé


je retrouve

l’endroit que j’ai cru

oublié


la lumière est retournée

mon pied hésite


reviennent


les odeurs

de terre

le grand arbre nu

le lit du ruisseau

qui ne chante pas l’été

Kile Thomson