Une balançoire


Sous la balançoire

deux sillons parallèles

tracés à coups de pieds

comme coups de dents

dans un fruit vert

la terre labourée exhale le jeu – l’envol à peine

pendule entre ciel et terre

la chanson du bois ouvre sur tant de mondes

dans le grincement des cordes

se lève la brise du large

les voyages de l’enfance

sans frontières ni langage

une planche dans le désert

source des imaginaires innocents


Ada Mondès

Alain Laboile

Muse – 1



quelqu’un

peut-être toi

ramasse la flèche

et la porte à ses lèvres

elle y trouve

un reste de chaleur

humaine

un visage

dont elle apprend

le nom

Jack Davidson

Développement personnel



voyage

du souffle de la poitrine

à la mer

le temps oublie

enfin

son décompte immarcescible

et dans le vent où la langue se tord

s’incline

l’ombre

bouffie d’orgueil devine

la lumière

Bernard Drouillet

CICATRICE



Le fil de l’encre

qui court

réparant réparant

les bords irréguliers de plaies éparses

ainsi

le poème est cousu

dans la peau

chair vive qui fut jadis blessure


Anne Bregani

Gerard Garouste

Couchant


le long du soir

l’œil se mêle

à la rumeur des pierres

il égrène les ombres lasses

les lieux

par où l’amour est passé

sa langue

a le gout de la cendre

et n’en déplaise

à sa propre écriture

il se souvient

autant du miroir tremblé

que du visage pleurant

au-dedans

Caroline Dufour

Si ce n’est toi




la mer

plus sourde

plus lente

avec un trait d’écume

sans cesse

à l’abord du rivage

l’air retient

la chaleur du jour

la main s’y accroche

comme un oiseau au ciel

le silence

du poème pour ne rien

érafler

Valentina Luraghi

Sortilège



Sortilège

incassable

est le récit

où je m’enferme

chaque soir

un peu plus

pluie

poussière

ce fil de lumière

quelques mots

juste assez

pour que nos yeux

dans l’eau

se troublent

sans se perdre

Jason Decaires

Amarna



: qu’adviendra-t-il de l’espace

qui m’appartient quand

je n’y serai plus ?

dans l’ombre.

sur le dos.

je me souviens.

je veux oublier.

je ne suis pas plus vieille

que je ne le fus jamais : détail de mon visage

dans le miroir gravé par mes ongles :

écouter dans l’ombre.

avec quelle peine

mon cœur bat.


Mila Haugová

Emmanuelle Becker

Ainsi le soir



ton visage

se détourne vers un rang

de pierres desséchées

juste en dessus

la lenteur rousse boit

la lumière du soir

je te parle – encore des mots

sans adresse

ni poids

comme si les ronces étaient

la seule conscience

du jardin

Michel Dheurle

Sans titre


Au bord du

carré ébloui

les cassis odorants – coriaces – odorent

et je regarde

la pie sur l’herbe fraîchement coupée. Blanches

rémiges rangées sur le corps noir

beau ventre blanc et flancs quelle

mécanique suscite ainsi

ses saccades éblouissantes

m’étourdissent


Adèle Nègre

Lua Ribeira